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Elle était si douce



Chapitre I

Onze heure. Par la fenêtre ouverte de ma chambre, l'aveuglante lumière du soleil m'oblige a fermer les yeux. La chaleur est insoutenable. Comme tous les matins, je déteste l'été. Les oiseaux sifflent une mélodie sans âme, une sorte de requiem pour volatile déshydratés. Un rapide coup d'oeuil au dehors, les arbres son secs, ternes, plus morts que jamais. Si Aout est égal a vacances et vacance à sourire, alors sourire n'est il pas égal a mort et moustiques? Cela me désole, mais après tout, je préfère être libre en enfer qu'enfermé au paradis. Et puis peut être qu'en enfer ces foutus piafs cesseraient enfin leur chant mortuaires et se contenteraient de rôtir silencieusement.
J'enfile un jean, une chemise et la première paire de chaussure qui me tombe sous la main puis sort.

Première cigarette, j'inspire la mort a plein poumon puis la recrache dans un soupir, me dirigeant instinctivement vers le parc le plus proche. Comme d'habitude, une trentaines de jouvenceau sont entassés sur les platebandes, les bancs, tout endroit assé vaste et solide pour accueillir le cul d'un adolescent boutonneux. Deux filles s'avancent vers moi, le genre rebelle qui vie un enfer avec ses con de parents et se drogue a l'aspirine pilé ou en fumant des herbes de Provence. L'une d'elle me considère depuis longtemps comme un amis, je ne me souvient plus de son prénom. De toute façon, il est inutile. N'est ce pas elle qui à décidé de n'être qu'une simple réplique caricaturale? Elle a elle même détruit, piétinée son identité. Pas question qu'elle se serve d'un patronyme particulier offert par ses géniteur -qu'elle déteste- pour marquer une quelconque différence. Il y a la masse, il y a les autres, entre les deux il n'y a rien. Ces deux filles sont dans le rien, elles ne sont rien.

L'herbe jaune et sèche dégage une odeur de brulé. Les brindilles ne logent plus un seul être vivant. Un frisson me parcoure, cette vision me serre le cœur. Je me vois desséché comme cet insecte, brulé comme cette herbe, mourir comme tout ce qui m'entoure. Plongé dans ma réflexion existentielle, j'entends vaguement mon amie me vomir quelques propos morbides, éclater en sanglot puis m'annoncer solennellement le jour de son suicide. Je lève mes yeux vers elle. En plus de n'être rien, je remarque qu'elle est laide. Sa venue devait être une erreur, on ne peut pas être rien, laide, et en plus être stupide au point de choisir un jour pour sa mort a dix-sept ans. La suite logique de cette rature ne peut donc être qu'un coup de blanco, sa mort. La réponse qu'elle attendait ne devait pas être la mienne. Elle tourne les talons, emmène l'autre Rien avec elle. S'en allant, elles se font bousculer par quelqu'un.

Quelqu'un marche avec grâce et aisance, ses hanche sont taillés au fin couteau, à sa main il manque deux doigts. Quelqu'un est quelqu'un, et non pas Rien. Je la remarque tout de suite, elle aussi. Pas difficile entre tous ces Riens. Elle plonge son regard dans le mien. Je tremble,je sus, ma vision se trouble. C'est l'océan, l'infini naturel, la vie sous sa forme la plus pure. Non! Je suis dans le parc a Riens, entouré de Riens, mais je ne suis plus seul.
Elle me frôle, ses cheveux effleurent mon visage, je sent sa main habile presser furtivement mon sexe mou par dessus mon jean. Elle laisse derrière elle une odeur particulière, mélange d'essence et de parfum bas de gammes. Je tombe amoureux.

Elle ne me quitte plus, je pense a elle jours et nuits. Je me rend au parc tous les jours, je l'attend. Les jours, les semaines, les mois passent. Je suis plus fort que le temps, le temps qui lui même n'a pas le temps d'attendre. Moi j'attends, j'attends patiemment et je prend mon temps. La mort laisse place a la déchéance, le jaune au marron, les merdes sèches se ramollissent. Aucune feuille ne tombe, les chenilles sont malheureuses.
Chapitre II

Quatorze Octobre, je la revois, encore dans ce parc. Dans ce décor putréfié, sa beauté n'est que plus vive. Elle est comme de l'or dans une mine de charbon. Un ange étrange qui me prend par la main, m'emmène dans son antre, son Éden. Le paradis de mon ange est gris, morne et sent la cigarette. Une atmosphère pesante flotte dans la pièce, peut être du a la poussière qui y virevolte.
Je la regarde, l'étudie. Quand je vois un Rien, je me dis qu'il ne mérite pas de prénom. Quand je la regarde, je me rend compte qu'aucun patronyme ne la mérite. Je décide donc de ne jamais baptiser le visage de mes désirs. Elle me déshabille, je ne sais pas si elle regarde ma poitrine ou mon sexe. Son strabisme doit être une defence qui éxel contre ces pathétiques Riens qui prennent plaisir et importance à jouer les psychiatres. Ses yeux me plaisent, exorbités, presque globuleux.

Elle se déshabille, s'allonge par terre. Je m'avachis sur son corps nu. Tous s'accélère. Je la pénètre, son corps se raidis. Le sol tremble, les fenêtres explosent, les débris de verres me lacèrent, coupe ma chaire à sang. Une corde surgie du néant enserre mon coup, je suffoque. Mes cheveux sont arrachés, mon corps meurtri. Je jouis. Elle est là, nue, les ongles encombrés de sang et de résidus de peau, tenant dans ses mains rustres quelques mèches de cheveux arrachées à mon crâne,  un sentiment de plaisir intense sur le visage.  Pour la première fois de ma vie, j'ai fais l'amour à Quelqu'un. Je me rhabille, la regarde, lui souris. Je pars.

Chapitre III

Cet évènement m'avais perturbé plus que je ne le croyais. Je décide d'en parler, histoire de tout remettre en place dans ma tête. Je téléphone a mon amie Rien et lui propose de venir boire un verre chez moi. Je ne voulais en parler a personne mais j'avais besoin d'extérioriser mes sentiments par la parole. J'avais besoin d'un monologue, elle n'était là que parce que je ne voulais pas me prendre pour un fou qui parle seul.

En dix minutes, la non-personne est à ma porte. Je la fais entrer, elle s'installe. Un des points positifs des Riens est que, comme si leurs propres problèmes ne leur suffisaient pas, ils sont toujours prêts à écouter les problèmes des autres, histoire de s'enfoncer un peu plus dans cette mièvre souffrance. C'était donc l'interlocutrice parfaite pour mon monologue médical.
Une longue conversation prend alors forme. Les aiguilles de ma montre ne cessent de tourner, je me rend compte que cela ne mène nulle part, rien ne sort de moi, rien ne veut sortir. Je sent une main gauche me caresser la cuisse, pitoyable approche des Riens en chaleur. Je décide d'accepter ses avances, histoire de passer le temps, de me changer les idées.

Aucune excitation, aucun plaisir, rien. Quelle ironie! Son corps inconsistant se tortille et se contracte. Elle crie, j'imagine qu'elle aime ça. Je m'ennuies profondément, ces chères aiguilles doivent être prises de nausées a force de tourner. Je ne prend pas la peine de simuler un orgasme et lui dit que je n'en ai plus envi. Elle paraît frustrée. Je lui tend ses vêtements, la remercie de sa visite puis la salut. Je me retrouve seul dans mon vaste appartement. Il pleut des cordes dehors, cela me rassure, les nuages ne se trouvent pas que dans mon âme.

La salle de bain, une de mes pièces favorite. Contrairement aux idées reçus, son utilité première n'est pas de laver des corps, c'est avant tout une salle de torture psychique. La seule qui ose rappeler à l'homme à quel point il pu. Les shampoings nous provoquent, nous disent que nous sommes bêtes, ils nous lavent donc la tête. Les savons nous embêtes, nous rappellent notre puanteur, notre tenace et dégoutante crasse. Mais le pire ustensile de la salle de bain est sans aucun doute le miroir, lui qui reflète l'horreur et la laideur, lui qui nous reflète, qui nous rappel qu'on a pas le droit de s'aimer quand on est comme on est. Je le regarde, ou plutôt je me regarde.
Je ne suis pas laid, les Riens disent même de moi que je suis beau. Mais leur avis compte peu puisqu'il n'est en aucun cas objectif. Les Riens ne seraient pas des Riens s'il n'y avait pas des Quelquns à idolâtrer. La condition minimale pour être beau à leurs yeux, c'est d'avoir un soupçon de personnalité et de charisme, en clair, d'avoir ce que eux n'ont pas. Les Riens vivent pour les Quelquns, les Quelquns vivent pour que les Riens aient une raison d'exister. Je me regarde de plus prêt, mon reflet me soumet une question. Comment puis je savoir que je suis Quelqu'un? Mon cerveau se transforme en un énorme engrenage mal réglé. La buée de ma respiration efface alors doucement mon reflet, je ne vois plus mon double. Je me rend compte alors à quel point cette rhétorique était stupide. Je suis Quelqu'un parce que je le sais, que je suis unique et surtout parce que les Riens s'efforcent de me le rappeler en permanence. Cette question du qui-suis je qui nous tourmentes tous à cet âge est moins forte que moi, je lui tourne le dos.

Je rentre dans la douche, l'eau bouillante brule mon corps, les entailles sur mon dos dues à ma dernière passion me font souffrir, je repense à ma bien aimée. Elle me manque, j'ai besoin d'elle, je ne sais combien de temps je tiendrais sans sa présence. Mon désir sexuel est incontrôlable.

Chapitre IV

Les mois passent, elle ne me donne aucun signe de vie. Je ne peus plus me contenir, tout ce qu'il me reste d'elle est une mèche de cheveux arraché à son crâne lors de notre union charnelle. Le temps s'écoule à une vitesse affolante, je me sers tous les soirs de cette mèche comme d'un accessoire fétichiste et sombre petit à petit dans une spirale malsaine et sombre.

Je n'ai plus rien d'un homme, ni d'un animal d'ailleurs. Je suis moi à l'état brut, sans ces apparats, ces manières, ces vêtements et autres coquetteries humaines. Je suis simplement l'homme et cela m'effraie. Je ne sors plus de mon antre que pour me ravitailler au commerce du coin. La poussière, la crasse et les déchets envahissent ma somptueuse habitation. Je vis à présent dans une immense baine à ordure don je suis le principal déchet. Mes pieds trainent dans la pourriture, ma tête en est remplis. Une sortie ne me ferais pourtant pas de mal, je décide de m'aérer l'esprit, de « prendre l'air » comme on dis.

Le soleil m'éblouis, le printemps est arrivé bien plus vite que l'hiver n'est passé. Je longe le trottoir sans but véritable. Elle est de l'autre coté de la route. Un signe de la main, elle entame la traversée de la voie grise, territoire des assassins de métal. Mon cœur bat plus rapidement que jamais, j'ai l'impression qu'il explose. 50Kk/h. Elle se déplace avec grâce, les géants de fers s'arrêtent pour la laisser passer. 60k/h. Je dégouline de sueur, elle est une reine, je l'aime. 70k/h. Je la regarde s'avancer vers moi, ses cheveux ondulent dans le vent, son regard est luisant. 80k/h. Le temps semble s'arrêter, elle est la seule qui vie dans ce guêpier. Elle tend sa main vers moi, je crois. Je lui souris, elle est un rêve. 90k/h. Sa seule personne exprime l'amour et la joie de vivre. 100k/h. Sa main touche enfin la mienne, sa peau est douce, ses ongles sont beau. Je lève mes yeux vers elle, sont visage me rappel...
Le diable l'arrache à mes bras amoureux. Ses cheveux tournoient au vent, son corps désarticulé me rappel une poupée de chiffon. Elle s'écrase lourdement sur le sol.

La voiture ne s'arrête pas, je la vois disparaître au loin laissant le corps inerte et meurtri de mon ange sur le trottoir sale.  Je cours vers elle, la prend dans mes bras, observe son visage. L'accident l'avait rendue plus belle que jamais. J'essuie le sang qui couvre sa bouche, il est chaud, épais. Elle me regarde sans ciller, elle n'a ni la force de bouger, ni la force de parler. Le moment est venu, je sais ou l'emmener. Je l'emporte sur mon dos, ses mains griffent faiblement mes épaules, ses cris voulus ne sont plus que de faibles gémissement. Son sang mouille mon visage, inonde mon corps, enivre mon cœur.


Chapitre V

Sa voie est couverte par le bruit des vagues, immenses et meurtrières. Je la dépose délicatement sur le sable, il n'y a personne sur cette plage. Mes mains arrachent algues et pierres, je creuse inlassablement la poudre d'or de l'océan. Elle me regarde, des larmes coulent sur sont visage, ces larmes, ce sont les miennes. Le sang s'écoule tout comme le temps, qui ne laisse aucune chance à ma bien aimé.

Mes mains ensanglantées n'ont plus la force de creuser, un mètre de profondeur, c'est bien assez. La mer est encore loin, elle rampe vers nous tel la mort, très doucement, très délicatement.
Je dépose le corps meurtri de ma muse dans le sarcophage artisanale que j'ai construit. Uns par uns, je lui retire ses vêtements. Le sang coule avec abondance sur son corps nu. Je me déshabille, m'allonge à ses cotés. La mort nous unira bientôt, le temps de vivre notre passion une dernière fois. Son corps contre le mien, je sent ses cheveux ensablés sur mes doigts, plus rien ne compte, le monde est loin, la vie aussi.
Nous partons dans un dernier baisé.

On dis que lorsque la mort emporte un corps, son âme monte au ciel et les échos de ses péchés retentissent tel un terrible orage. Je ne sais si mon âme est monté, mais l'écho de certains de mes péchés retentissent en effet parmi les vague. Par amour je l'ai tué, sans savoir ce qu'elle pouvais penser. Comme les Riens qui ne savent pas qu'ils ne sont rien, j'ignorais pouvoir la blessé. Je ne pourrais jamais lui expliquer, je ne pourrais même pas regretter.
Elle était si belle, elle était si douce.

pofpof (http://www.ecrivez.org)


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