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La phobie des poulpes



La phobie des poulpes

                            Chaque ann�e, je passe mes vacances en Bretagne        avec mes parents et mon petit fr�re L�o �g� de sept ans. Nous habitons dans une modeste maison que mon p�re r�nove chaque ann�e pendant les vacances. A force de travail et d�obstination, quelques ann�es ont suffi � la transformer en un v�ritable paradis. Elle pr�sente aussi un avantage appr�ciable : elle est situ�e � moins de deux kilom�tres de la mer.
                         C�est une chaude journ�e d�ao�t, les algues d�pos�es sur les rochers par la pr�c�dente mar�e d�gagent une forte odeur d�iode. Le vent est � peine perceptible et aucun nuage ne tache le  bleu du ciel. Une multitude de mouettes piochent inlassablement le sable fra�chement d�couvert � la recherche de nourriture. Leurs cris se font entendre jusque sur le front de mer, tel une onde que rien n�arr�te. Mes parents, fid�les � leur habitude, se sont install�s � l�extr�mit� de la plage, pr�s des rochers, avec parasol, glaci�re et draps de bains. Ma M�re a emmen� quelques magazines f�minins et mon p�re d�vore un polar. Mon petit fr�re L�o et moi venons presque chaque jour � cet endroit et nous connaissons chaque rocher et chaque trou d�eau. Nous passons toutes nos journ�es � attraper crabes, petits poissons, moules et bien d�autres choses encore. Mais, ce que nous adorons par dessus tout, c�est la mer � mar�e basse, lorsqu�une multitude de poches d�eau apparaissent dans les rochers. Certaines s�enfoncent sous l��norme masse rocheuse et c�est l� qu�on y d�couvre mille tr�sors. L�un de ces trous est immense, il s�enfonce d�une dizaine de m�tres sous la roche et nous l�avons baptiser : La caverne d�Ali Baba. Personne ne peut imaginer la quantit� de crabes et araign�es de mer que nous y avons ramass�s ! Nous ne comptons pas non plus les blessures occasionn�es par les pinces de crabes, ni les pieds meurtris par les coquillages tranchants. Malgr� son tout jeune �ge, L�o n�a pas son pareil pour sortir un �norme crabe blotti dans une fente rocheuse. Non, L�o n�a peur de rien, ou plut�t� de  presque rien, car il y a un animal dont il a horriblement peur, c�est le poulpe ! Mais� peur, n�est pas le mot exact, il faudrait plut�t dire phobie. D�s qu�il en voit un, il court, se sauve jusque sur la plage, s�enroule dans un drap de bain et ne bouge plus. Il peut rester ainsi une heure, sans bouger. C�est inexplicable ! Maintenant que j�ai compris � quel point cela le rend malheureux, je reste avec lui et je le rassure de mon mieux.
                    Mais aujourd�hui, il n�y a pas de poulpe, la mer s�est retir�e tr�s loin, nous inspectons la caverne d�Ali Baba et il n�y a jamais eu autant de crabes ! Maman n�a pas de souci � se faire pour le repas de demain, il est dans nos sacs. En fin d�apr�s-midi, nous quittons la caverne d�Ali Baba et ramenons notre pr�cieux butin sous le parasol o� se sont install�s nos parents. Ma m�re nous f�licite et d�cide de rentrer � la maison avec papa. L�o, lui aussi d�cide de rentrer, il se pr�tend  fatigu�. Moi, je reste encore, j�ai repair� de nouveaux trous et j�ai l�intention de profiter de la mar�e basse pour les explorer. Je ne regrette pas mon choix car je ne tarde pas � d�couvrir une cavit� encore plus grande que la caverne d�Ali Baba !
                         Il se fait tard, la mer remonte et la faim me prend. C�est le moment de rentrer � la maison, je rassemble pics et filets et remonte tranquillement le chemin qui m�ne droit � notre maison.
                         Arriv�, je vois mon p�re qui scie une branche d�arbre dans notre jardin, l�air surpris, il me regarde et m�interpelle :
--- L�o n�est pas avec toi ?
--- Non ! Il a dit qu�il �tait fatigu� et qu�il rentrait avec vous !
--- Mais au dernier moment, il a chang� d�avis et a dit qu�il restait avec toi !
--- Non, je ne l�ai pas vu, dis-je.
--- Alors il est encore dans les rochers, dit mon p�re, il faut y aller tout de suite.
--- Prends la voiture Papa, on ira plus vite dis-je.
--- Ta M�re est partie en ville avec, dit-il, ne perdons pas de temps allons-y.
                      Mon p�re et moi partons en courant en direction de la mer. Jamais nous n�avons descendu le petit chemin aussi vite. La mer remonte, il faut faire vite, L�o peut tomber dans un trou ou se faire emporter par une vague ! Mon p�re n�a pas l�habitude de courir, je vois qu�il commence � peiner., moi j�ai l�habitude je fais toujours ce trajet en courant.
--- Ne m�attends pas dit-il,  pars devant, je te rejoins
                      Arriv� aux rochers, je reprends mon souffle et place mes mains en porte voix :
--- L����oooooooo !
                      j�attends quelques secondes� pas de r�ponse. Je recommence, toujours rien, alors je courre sur les rochers en appelant L�o mais je n�obtiens aucune r�ponse. Afin d�avoir une vue d�ensemble, je monte tout en haut, je scrute et je continue � crier :
--- L�����ooo !
                     Aucune r�ponse ! mon p�re me rejoint, il prends de profondes inspirations, et parle par saccade.
--- T�as� rien� trouv� ?
--- Non, toujours rien, dis-je, je vais aller voir � la caverne d�Ali Baba, on ne sait jamais !
                   Pendant que mon p�re crie � L�o � de toutes la force de ses cordes vocales, je coure sur les rochers irr�guliers qui m�nent � la caverne. L�eau arrive presque en haut du trou qui permet d�acc�der � la caverne. Je rentre dans l�eau, ma t�te passe tout juste. Le trou est sombre, je crie : �  L���ooo ! je n�obtiens pas de r�ponse, mais j�entends du bruit, comme une personne qui sanglote. Je crie une seconde fois et j�avance � l�int�rieur. Dans la demie obscurit�, Les pupilles  de mes yeux se referment et je discerne une forme humaine � tout au font de la caverne.
--- C�est toi, L�o ? T�es l� ?
--- Oui je suis l�, r�pond une petite voix tremblante.
--- Mais qu�est-ce que tu fais l� ? Tu ne vois pas que la mer monte ?
--- Si, r�pond L�o, mais je ne peux pas passer, il y � plein de poulpes devant l�entr�e ! Elles sont �normes, avec des tentacules monstrueuses remplies de grosses ventouses ! Fais attention toi aussi, elles vont t�attaquer !
--- Mais non L�o, n�aies pas peur et ne bouge pas, j�arrive.
                         A chaque vague, l�eau gagne de la hauteur et l�int�rieur de la caverne devient de plus en plus sombre. Terroris� par la peur, L�o s�est blotti contre la parois du font. Je me laisse guider par ses sanglots pour arriver jusqu�� lui. Ses v�tements sont mouill�s et il tremble de tous ses membres. Je le saisis, et l�installe sur mes �paules.
--- Non, non ! ne passe pas l�, me dit-il, il y un �norme poulpe, il va nous attaquer, j�en suis s�r ! Non�
                       je me h�te car l�eau m�arrive jusqu�au cou et seul un petit triangle de lumi�re indique la direction de la sortie. Encore quelque m�tres et nous y sommes, la lumi�re semble plus intense, je ressens le mouvement des vagues et une masse d��cume vient inonder mon visage. C�est bon signe ! j�entends mon p�re qui crie :
--- O� �tes-vous ! mais r�pondez, bon sang !
                        Nous sortons de la caverne, le soleil m��blouit, mon p�re nous a vu, il accoure, des larmes de joie coulent sur ses joues.
--- L�o ! Mon fils ! Comme je t�aime ! Faut plus jamais faire �a, gar�on ! plus jamais !
                        Mon p�re semble avoir quelque chose d�important � nous dire, et prenant un air grave, il nous demande si nous sommes capable de garder un secret.
--- Moi, je dirai jamais rien si c�est un secret, dit L�o.
--- Moi non plus dis-je, un secret c�est sacr� et je ne dirai rien !
                        Notre p�re se rapproche plus pr�s de nous, comme si au milieux de cet endroit d�sert quelqu�un pouvait nous entendre, et nous dit :
--- Vous allez me promettre tous les deux de ne rien dire de ce qui est arriv� � votre m�re, ce sera notre grand secret !
                      Beaucoup d�ann�es se sont �coul�es et nous n�avons jamais rien dit � maman. Mais aujourd�hui nous avons le droit de le dire car hier notre maman s�en est all�e, loin, loin dans le ciel.


BOKAY


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