Valid XHTML 1.1!
Valid CSS!
Get Firefox!

Ceci est mon PageRank™ - Powered by 1-Rank.com
Lookdir.net

Texte précedent Texte précedent dans la rubrique Texte suivant dans la rubrique Texte suivant

Destins croisés



J'aime à me dire que demain tu seras là, que tu frapperas à ma porte, un bouquet de marguerites à la main - "parce que les roses c'est pour les adultes et que nous nous serons éternellement des enfants" - tu seras dans l'entrée, les cheveux ébouriffés, un sourire aux lèvres l'air de dire "je suis en retard mais si j'étais en avance ce ne serait plus vraiment moi"
Je me surprends à rêver que l'on est allongé dans l'herbe, il fait nuit enfin à peine, les premières étoiles font leur apparition et tour à tour tu me parles de chacune d'elle. Selon toi elles ont une âme, il suffit de leur parler. Elles connaissent tous les secrets du monde et ne les révèlent qu'à ceux capable de les écouter.
Tu reviendras, je le sais et je m'efforce chaque soir de prier les étoiles, elles gardent le silence. Je sais que là où tu es, tu les contemple aussi, tu leur parles probablement et peut-être de moi qui sait...


J'aime à me dire que demain je me réveillerai dans des draps propres avec toi nue dans mes bras, tes cheveux sentiraient bon la vanille et je les embrasserai encore et encore...
Je me surprend à rêver que tu ne sois qu'à moi rien qu'à moi. Je rêve d'écouter à tes cotés ce que les étoiles ont à nous révéler à travers leur silence magique. Je n'ai ici que pour seule musique le ballet des cris des enfants, les larmes des veuves et ces bombes encore et toujours ces éternelles bombes...
Qu'est-ce que je fais là, est-ce que je reverrai un jour mon pays, ma famille et toi pour qui mon cœur n'a cessé de battre, que les étoiles te portent ce message...


J'espère chaque jour une lettre de toi et on me répète chaque jour de ne pas espérer, que les disparus se comptent par milliers, qu'on ne retrouve jamais leurs corps... "Disparu" ce mot m'effraie, "disparu" ce mot pour ne pas dire mort, assassiné, fusillé... On m'a dit que tu étais disparu, ils n'ont pas retrouvé ton corps. Ils t'ont cherché un temps, pensant que tu t'étais égaré du camp, que tu avais été imprudent... et puis d'autres ont disparu, ils t'ont oublié.
Le temps a passé, chaque jour je vis avec ton souvenir. Au début, tous me soutenaient, me disaient que ce n'était qu'un mauvais moment à passer et puis peu à peu ils m'ont abandonné à mon chagrin, tes parents évitent de me voir, peut-être que je leur rappelle trop leur fils -si fier d'aller défendre des populations opprimées et aujourd'hui déclaré disparu...
Mon amour, les marguerites sont partout, j'en ai cueilli un bouquet, je ferme les yeux et sens leur parfum...


Prisonnier qui aurait dit que je finirais prisonnier au fond de cette cave, tu me répétait en riant que j'étais une véritable "tête brûlée", que rien ne pouvait me faire rester en place, mais ta présence avait le don de m'apaiser... elle me manque ta présence.
J'aimerai t'écrire de longues lettres ou juste quelques mots pour te dire combien être loin de toi m'est pénible, mais ce privilège n'est pas octroyé aux prisonniers. Je ne vois rien, j'entends simplement, une petite lucarne m'offre un coin de ciel, je prie chaque jour qu'en m'endormant mes songes me transportent vers toi...


Chaque matin, je me réveille le sourire aux lèvres le temps d'une seconde, j'ai passé la nuit dans tes bras... je réalise que ce n'était qu'un rêve et que la réalité m'offre un jour de plus sans toi. Je ne parle de toi à personne, quand on me demande pourquoi j'ai toujours l'esprit ailleurs, je souris poliment et préfère détourner la question.
J'ai rejoué des milliers de fois la scène de notre rencontre, je me souviens des moindres détails, la couleur du ciel et celle de ta chemise. Tu n'osais pas me regarder dans les yeux. Ta réputation t'avait précédée, on disait de toi que tu n'avais peur de rien, que tu séduisais toutes les filles d'un seul sourire pour mieux les laisser tomber... pourtant ce soir-là, tu m'as paru fragile, loin du portrait que l'on voulait dresser de toi. C'est cette fragilité enfouie qui m'a séduite. J'allais apprendre plus tard que cet excès de confiance en soi que tu préférais montrer aux autres n'était qu'un rempart...


Tu étais la seule personne à qui j'ai osé dévoiler mon âme à nu. Tu as su m'apprivoiser et pour la première fois je laissais tomber mon armure.
Te souviens-tu encore de notre tout premier soir, tu étais si belle que je n'osais lever les yeux vers toi. Je ne pouvais parler, mes mains tremblaient. Elles tremblent encore à ce souvenir. Tu m'as avoué plus tard m'avoir vu rougir. Je t'ai quitté ce soir-là avec pour unique souhait de te revoir très vite...


On s'est revu quelques semaines plus tard. Assise dans le parc, je regardais le ciel. Le soleil achevait de se coucher pour laisser sa place à la lune. Tu t'es assis à côté de moi et tu as déposé une marguerite sur mes genoux. J'ai baisser les yeux et t'ais souri. Ensemble, on a regardé le ciel et tu m'as conté l'histoire de chacune des étoiles. Tu leur parlais et moi je riais...


Je n'ai jamais pu oublier ni le goût sucré de tes lèvres, ni la douceur de ta peau. J'aimerais ne serait-ce qu'un seul instant pouvoir effleurer ton corps, m'enivrer de ton parfum.
Peut-être m'as déjà oublié et c'est un autre qui aujourd'hui embrasse ta nuque. Tu penses sûrement que je suis mort, on ne peut pas vivre toute une vie sur les souvenirs d'un disparu...


Le matin où tu m'as annoncé que tu partais, la terre s'est écroulée autour de moi, je n'ai rien laisser paraître, j'ai souris. Tu ne supportais plus de rester ici impuissant, tu voulais leur apporter ton aide. Les images que nous donnaient la télévision te mettait chaque fois hors de toi.
Tu es parti par un triste matin de décembre, m'a pris dans tes bras en me murmurant "à tout bientôt ma princesse..."


Je t'avais promis de revenir, de ne rester que quelques mois, personne ne pourrait m'obliger à rester. Une fois là-bas, j'ai compris que rien se serait aussi simple, les images que l'on nous envoyait étaient tronquées. La réalité m'ordonnait de fuir mais je suis resté, les semaines puis les mois ont passé. Chaque jour, je t'envoyais une lettre, il m'arrivait d'en recevoir une de ta part, très rares soient-elles je savais que toi aussi tu m'écrivais chaque jour...


J'ai compris ce matin à mon réveil que tu ne reviendrais jamais. Sans toi je me sens perdue. Cela fait des mois que je vis dans le passé non que je survis avec ton souvenir. A quoi cela rime de survivre plutôt que de vivre? Les étoiles ont choisi de rester sourdes à mes prières. A moi de tendre un piège à ma destinée.
Adieu... je n'ai pas su t'attendre... à tout de suite


J'ai encore rêvé de toi cette nuit, nous étions réunis... je frappais à ta porte, embrassais tes cheveux... Le bruit du gardien m'a réveillé en sursaut, il n'était pas seul, des hommes m'ont annoncé que ma libération serait proche. Dans quelques semaines, un mois tout au plus, je serais auprès de toi... je n'oublierais pas les marguerites et ensemble nous irons contempler les étoiles...


Petit-Ange


Texte précedent Texte précedent dans la rubrique Texte suivant dans la rubrique Texte suivant



Texte noté par les internautes à 6.67/10.

Pour pouvoir noter ce texte il faut être inscrit et identifié.


Commentez ce texte :


Pseudo : E-mail: Site :

Commentaire :





2 commentaires sur ce texte :


  • MuRdEr (http://www.ecrivez.fr.st) le 2004-09-02 14:33:06 :
    Elle est magnifique cette histoire, ça me donne envie de pleurer...


  • mspf (http://www.ecrivez.fr.st) le 2004-09-01 23:13:55 :
    Pourquoi elle a fait ça? elle est trop bête! elle avait perdu espoir! c pa possiiiiiiiiiible! ptain ton texte lé émouvan... il ma fé une boule ds la gorge!