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Route 49




Allez… hop ! Un petit coup à gauche, là…bien…Une légère pression sur le côté, voila…et maintenant très délicatement on crochète le loquet et le tour est joué. Clac !
Il n’y a vraiment pas à dire, mais je suis un vrai pro pour forcer les caisses. L’as des as. Mais ne vous y méprenez pas ! Ah non ! Le vol, ce n’est pas ma tasse de thé. Je suis juste doué pour ça, c’est tout. Non, non…moi mon dada, ah… ah… sans faire de mauvais jeux de mots, c’est plutôt le viol. Eh Ouais…Personne n’est parfait ! J’en connais bien qui collectionne les timbres, d’autres les pièces de monnaie ou les montres ! Alors dites moi pourquoi on ne pourrait pas faire la collection des viols ?
D’accord…Je vous vois venir…Encore un jobard que vous vous dites, un schizophrène échappé de l’asile, un psychopathe traumatisé parce que sa mère l’habillait en fille quand il avait 5 ans où je ne sais quoi ? Ben quoi ! Qu’est-ce que vous voulez que je vous réponde ?  Que je suis un honnête citoyen qui paye ses impôts, que je suis outré par la famine dans le monde où que je vote écolo. Allez…les gars. On a tous un petit quelque chose de pervers que l’on cache en soi. C’est comme ça, c’est dans la nature humaine, on y peut rien. Niez, niez… mais moi je le sais : le vice est en nous ! Vous autres - soi disant sains d’esprit - avez peur de vos pulsions. Vous savez pourquoi ? Elles vous dégoûtent car elles vous montrent ce que vous êtes en réalité. Moi, elles ne m’effraient pas, non, bien au contraire…Je leur fais face, les affrontent pour puiser leur force, leur essence. Elles me rendent plus fort, m’élèvent vers un autre être. Je pompe en elles le fluide de l’existence, accède au Nirvana. Bah… de toute façon, à quoi bon vous expliquez tout ça, vous ne comprendrez pas de toute manière.
Bon, trêves de bavardages inutiles, venons en à nos moutons…où plutôt à nos brebis. Vous vous demandez sûrement qu’est-ce que je fous à essayer de chouraver une bagnole à minuit moins le quart dans ce parking alors que je suis le roi du viol ? Je vous répondrai que ça fait partie du cérémonial ; je vous explique. Moi, ma spécialité, ce sont les auto-stoppeuses, seulement les auto-stoppeuses. Pourquoi ? Ben… je sais pas moi, vous en avez de bonnes, vous. Cela doit être un fantasme lié à un comportement sexuel régressif qui se matérialise sous la forme dégradée d’une perversion rétroactive liée à l’abandon d’un enfant par sa mère. Ouais… je sais, c’est compliqué…Le docteur Grant a essayé de m’expliquer ça des centaines de fois lorsque j’étais à la clinique de Hillvalley. C’était un vrai foutoir là bas, peuplé de vrais barjots ! Je me suis toujours demandé pourquoi ils m’avaient interner ? Je me souviens que le Doc me faisait allonger sur son divan tout en cuir noir. A chaque séance, il me demandait de débiter tout ce qui me passait à l’esprit. Et ils appellent ça de la psychanalyse! Ah les Imbéciles ! Les psys sont tous des barges qui se planquent derrière les fantasmes des autres pour assouvir les leurs. Ca a duré des mois, puis comme je voyais que je ne m’en sortais pas, j’ai commencé à faire l’agneau. Vous voyez ce que je veux dire…J’acquiesçai à toutes leurs conneries, je faisais mon « mea culpa » avec mon « moi intérieur » comme qu’ils disaient ces abrutis. Eh Hop six mois plus tard, j’étais dehors, libre comme l’air ! On se demande bien qui c’est le vrai psychologue au bout du compte, ah…ah…  
Allez…, je continue. J’étais en train de vous dire que la caisse volée, ça fait partie d’un cérémonial. Ben Ouais, c’est un peu comme l’outil du forgeron, le prolongement de mon bras en quelque sorte. Faut bien attirer sa proie dans ses filets ! Et quoi de plus nécessaire qu’une belle auto pour appâter l’innocente victime. La fille qui fait du stop, elle se croit en sécurité dans un belle voiture familiale. Ah Oui, règle primordiale ! Toujours choisir une berline familiale, ça les rassure. Elles pensent qu’elles ont affaire à un gentil père de famille qui comprenant leur détresse, accepte de soulager leurs petits pieds pendant un bout de chemin. Ah, les naïves petites chattes. Allez…Hop, le fil rouge sur le fil noir et Brrrrvrouhhhh….On démarre ! Parfait ! On sort du parking, tout doucement histoire de ne pas éveiller les soupçons d’un gardien un peu trop zélé. Parfait…ni vu ni connu, direction la route 49. On suit le périphérique sud pendant un bon quart d’heure puis on prend à droite comme pour se rendre à New Angeles. Voila, on y est !
La route 49…, le paradis des pervers en tout genre. Imaginez 200 kilomètres sans arrêts hormis une petite station de service prés de Brighton. La route 49… où a part deux ou trois repaires à putes -rendez-vous bien connus des routiers- on rencontre dégun. J’ai tant de souvenir sur cette route que j’en ai presque les larmes aux yeux. Ma première fille, ce fut ici, Elle s’appelait Laurie et je m’en souviens comme si c’était hier, la vraie peur du débutant. C’était au mois de juin de l’année 1997. Pour l’occasion, j’avais piqué une Ford Mustang bien nerveuse dans un garage sur Howard Street  (le péché de l’innocence, que voulez vous…) et je filais à 180 Km à l’heure sur la route, ivre de vitesse le vent me soufflant au visage. J’aime ce rapport presque charnel avec la nuit et les éléments, j’aime ce sentiment de liberté qui vous fait oublier tout les tracas de la vie quotidienne. On se sent un homme plus fort, intouchable en ces moments d’extase. J’abordais les contre forts de la colline de Riverside lorsque j’aperçus au loin, postée sur le bas côté, le pousse levé, une jeune fille qui me semble surgit de nulle part. Intérieurement je me dis que c’est un signe du destin, pas de doute. L’adrénaline me grimpe furieusement à m’en rompre les tympans. Alors tout s’éclaire en moi. Quelqu’un a mis cette fille sur ma route, que je me dis, le hasard ne peut pas tout expliquer. Vous savez, ce fut un peu comme un premier baptême, mon premier saut en parachute en quelque sorte. Guidé par mon instinct, j’écrase le frein de la mustang, me range sur la chaussée et me mets au point mort, à quelques mètres de l’auto-stoppeuse. De mon rétro, je la vois soulevé avec peine un gros sac de voyage puis se dirigeait en trottinant vers la voiture. Arrivée à hauteur de la fenêtre passager elle se penche et me dévisage.
             ─ Vous allez dans quelle direction ma petite ? que je lui dis, anticipant la moindre crainte de sa part.
─ Je pars camper sur Crystal Park. Cela se trouve à une centaine de kilomètres en direction de New Angeles, qu’elle me dit d’une petite voix juvénile.
─ Je trace justement sur New Angeles, je rétorque confiant. Montez… je vous déposerais en route, cela vous fera toujours ça de gagner !
Elle me regarde pendant un long moment, le sac sur l’épaule. Elle est rousse, les yeux très bleus en amandes, vêtue d’un tee-shirt bordeaux, d’un gilet de flanelle et d’un petit short en jean bien moulant. Je sens qu’elle cherche à sonder mes intentions et je fais tout mon possible pour réfréner mon désir et lui monter un visage amical. Finalement elle accepte mon invitation d’un petit hochement de tête et lance son sac à l’arrière de la mustang. Dés qu’elle pose le pied dans la caisse, je sais à ce moment là que la partie est gagnée. Je me calme et respire à grande bouffée d’air pur avant de remettre le contact et de regagner la route. Attirer sa proie est le plus difficile, vous savez…Le reste n’est que synchronisation de gestes. J’avoue qu’à cette époque j’étais novice en la matière d’où un certain stress ; un peu comme le comédien qui entre en scène pour la première fois on pourrait dire. Mais à force de pratique, on devient plus confiant, plus posé. On obéit à une méthode, on acquiert un savoir faire. Avec le temps, je suis devenu un vrai professionnel. Pas né le roussin qui pourra me mettre le collet autour du cou. Je suis bien trop malin .Les pièges ? Les coups qui tournent mal ? Sûr que ça existe mais c’est pas pour moi. La réussite est dans la technique, la maîtrise de soi. Ceux qui se font chopper sont des déséquilibrés qui pensent avec leur queue plus qu’avec leur tête. C’est un métier vous savez ...
Tout le reste s’est passé très vite, comme programmé sur du papier à musique. Je me souviens bien de la fille, de son visage juvénile et de son sourire agréable. Un bon feeling, vraiment ! Après quelques minutes de conversation j’appris qu’elle était étudiante en sociologie à l’université d’Arkham. Ses examens achevés, elle devait rejoindre sa meilleure amie au camping pour passer l’été au bord de la rivière. J’étais rassuré à l’idée qu’elle voyageait seule ; cela faciliterait ma tâche de savoir que personne ne viendrait la chercher dans le coin. Nous croisâmes peu de monde sur la route ce qui confortait mon plan. Plus le temps passait, plus montait en moi un désir insatiable de posséder la fille. Il me fallait maintenant trouver un coin tranquille pour m’arrêter et des coins tranquilles sur cette route ce ne sont pas ce qui manque ! Comment j’allais la jouer ? Le coup de la panne, la feinte de la crevaison, la pause pipi ? Je réfléchissais toujours quand devant moi s’embrasai le miracle de la bonne fortune. Nous venions de croiser une pancarte indiquant le parc naturel de Wanchope à moins de 10 kilomètres. Quoi de meilleur pour simuler un arrêt,  me dis-je intérieurement. Je connais ce parc comme ma poche ; j’y venais souvent avec mon père étant enfant pour pêcher la truite. Un coin idyllique et paisible…Bref un endroit parfait où personne ne nous embêtera. Quelques milliers de mètres plus tard, je prends le chemin de la forêt. A partir de ce moment, j’étais rentré en phase combat. Mon cerveau se conditionna à être sourd à toutes choses extérieures pour s’ouvrir vers mon but ultime. Toutes les pulsions enfouies au plus profond de mon être ressurgirent d’un coup. J’étais comme un dieu, planant entre l’extase et la béatitude. J’allais crucifier ma chair aux plaisirs de la jouissance. J’entends encore la voix de Laurie me demandait pourquoi cette direction, j’entends encore Laurie essayait d’ouvrir la portière pour sauter de la voiture, j’entends encore ses cris, ses pleurs puis enfin ses supplications. Je ne peux expliquer ce qui se passa ensuite, les mots ne suffisent plus à expliquer l’apothéose de mon état subliminal. Des bribes de souvenirs persistent à planer dans mon esprit : je me revois arrêter la voiture dans un bois proche de la cascade de Wanchope. Les réminiscences de mon souvenir me remontrent cet endroit charmant proche des forêts légendaires qui fleurissent dans les contes pour enfants. Je me vois ramasser cette grosse pierre et l’abattre sur le crâne de Laurie. Ah….Laurie, la douceur de ton corps s’est imprégnée dans mes naseaux en des relents de bonheur. Tout fut merveilleux dans l’antre de tes cuisses qui accueillirent ma semence divine...Quelques minutes plus tard, la jeune enfant sombra d’abord dans une semi inconscience avant de tomber dans l’évanouissement total. Ainsi elle ne soufra pas lorsque je l’étranglais  avec une cordelette et mis fin à son existence.
Oui, elle s’appelait Laurie et elle eut l’honneur d’être la première. Je sentais encore les affres du plaisir lorsque je me débarrassais d’elle dans les gorges profondes de la cascade de Wanchope. La police la retrouva deux semaines plus tard flottant en amont du fleuve. La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille, ah ah ah…Aujourd’hui j’en suis à ma douzième auto-stoppeuse et je compte bien poursuivre mon hobby le plus longtemps possible. Tiens, Je me demande à quoi ressemblera la fille de ce soir? J’espère qu’elle sera blonde cette fois-ci. Les deux dernières étaient brunes et j’aime le changement. Eh oui…je roule sur la route 49 vers l’Eldorado de la délectation des corps.
Rien ne peut m’arrêter, rien ne peut entraver ma destinée .Rien ne peut… Ah…mais bon sang ! Qu’est-ce qui se passe, il me semble ralentir… Ce n’est pas possible, non, non pas la panne… pas ce soir. Le capot fume maintenant. C’est bien ma chance ! Saloperie de voiture Japonaise ! Je le savais, je le savais que j’aurais du voler la Ford. Voila à quoi vous conduit l’envie d’exotisme ! Ne faire confiance qu’aux voitures américaines à partir de ce jour, voila une règle en or pour le futur. Ben voila, tout tombe à l’eau désormais et je suis bon pour rentrer à pattes. Tout est fichu et il me Faudra fêter la treizième à un autre soir. Bon, faut pas que je traîne plus longtemps dans le secteur, on ne sait jamais. Je vais pousser l’engin derrière ce talus puis effacer précautionneusement toutes les traces de mon passage. Personne ne la remarquera avant demain, le temps de pouvoir rentrer en toute sécurité. Allez, on essuie les empreintes partout, le volant, les sièges, les portières… Il me faut maintenant faire le point sur la situation. Je dois être environ à une vingtaine de kilomètres de Véga. Je vais regagner la route et attendre de croiser quelqu’un. Quelle ironie ! Me voila bon pour faire du stop à mon tour ! Ah, putain de jaunes qui construisent des épaves. Cela m’apprendra à ne pas choisir des….et mais ce sont des phares de camions au loin sur la route. Ah, au moins j’ai de la chance dans mon infortune. Je ne serais pas rester en rade bien longtemps. C’est un camion de routier. Je vais l’arrêter, il me laissera à la prochaine ville. Alors je prendrais un taxi pour me conduire chez moi. Je vais lui faire un petit signe…C’est bon il m’a fait des appels de phares. Il m’a vu.
─ Bonsoir, monsieur c’est une chance que vous passiez par là. Ma voiture est tombée en rade à quelques kilomètres d’ici. Ah, vous allez à Véga ! Parfait, je monte ! On peut dire ce qu’on veut mes amis mais les routiers sont sympas….

            ***



Céléphaïs Tribute                                                                            13 mars 2003
Par notre correspondant à New-Angeles,


« Le routier fou frappe à nouveau »

            Dans la nuit du 12 au 13 mars, le corps de Denis Vice, 34 ans, a été retrouvé sur la chaussée de la route 49 par un des gardes forestiers du parc de Wanchope. Le meurtre serait le quatrième perpétré en 5 semaines de celui que la police appelle désormais « Le routier fou ». L’homme aurait été violé avant de subir de multiples mutilations sur le visage et sur tout le corps. Seul indice ; le désormais célèbre autocollant « Les routiers sont sympas » retrouvé sur le front de la victime qui témoigne de l’identité du criminel. Ironie du sort, Denis vice était connu des autorités pour de nombreuses agressions sexuelles et avait même séjourné dans la clinique psychiatrique de Hillvalley. Le tueur cours toujours et l’enquête se poursuit…


                                                                                                                             

Freddy Cash


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