Brooks enclenche les sirènes de police et fonce à tout allure dans la rue principale de Rockton. Le toit de chaume en feu provient de la grange dun haut pavillon, quelque peu en périphérie au sud du village. Nous dépassons une série de ruelles à larchitecture torturée pour aboutir au cur de la grande place. Près dune antique fontaine, nous repérons une agitation au pied de léglise du Clocher où quelques autochtones alertés nous font signe. Selon les indications dun vieil homme à laccent rude, il nous faut rejoindre la maison en feu en empruntant un petit pont en pierre ramassé entre deux rives où passe le fleuve.
Nous obéissons, gagnant rapidement la berge opposée après le petit viaduc.
A ce moment, sans le moindre avertissement, un étrange bourdonnement simmisce dans mon crâne. Mes oreilles sifflent fortement et mon cur palpite en dincessantes expirations. Ce nest pas comme un malaise mais plutôt comme un tumulte hallucinatoire. Je sombre dans une sorte de transe dans laquelle jentends et vois les crépitements distincts des flammes léchant le parquet lambrissé où se tient les restes démembrés dun homme en blouse blanche
─ Barlow ? Quelque chose ne vas pas ? Barlow, vous mentendez ? jappe une voix rude qui me ramène soudain à la réalité.
─ Blake !!! je hurle au capitaine qui me regarde dun air désabusé alors que les dernières images de mes visions cessent de me torturer lesprit.
─ Le Docteur Stewart Blake ? Bon dieu mais quest-ce que vous me racontez, Barlow ? beugle Brooks qui accélère de plus belle alors que la façade en feu de la propriété brille sous nos yeux, à moins dune cinquantaine de mètres.
─ Il est là-bas, je vous dis
Etendu au milieu des flammes
Mort ! Je lai vu !
─ Mais que me chantez vous, Barlow
Nous stoppons enfin devant la masure, près dune bordure menant à une terrasse. Immédiatement, je me glisse hors du véhicule et cours vers le foyer, dévalant les marches vers le perron. La porte dentrée, doù séchappe une fumée étouffante, est bloquée. Je lenfonce dune série de coups dépaule et elle cède enfin, difficilement.
─ Ny entrez pas Barlow ! Cest de la folie ! Attendez les pompiers
Tout risque de seffondrer, brame Brooks derrière mon dos.
Le mouchoir sur le nez, je fais fi des ordres du capitaine et pénètre dans lantre fumant.
Je longe le couloir du vestibule. Rapidement, la fumée qui stagne en dépaisses volutes maveugle et me pique les muqueuses de son acidité carbonique. Les murs sont brûlants et de larges flammes volent déjà sur les poutres en rotin. Je suffoque, me déplaçant à laveuglette de pièces en pièces. La chaleur fait se briser les vitres comme des coups de feu et je me dis que je dois faire vite. Dans ce danger crématoire, je hèle quelques survivants mais nulle réponse ne se fait entendre. Et si ma vision savérait juste, il ny en aurait jamais
Jinvestigue plus avant, bravant les craquelures dun feu violent mordant à létage et qui menace de seffondrer sur ma tête. Mais ce que je recherche nest pas en haut, non, mais quelque part à au sous sol, à la cave
Je trouve lentrée par hasard, alors que je me penchais pour éviter le pan dun mur saffalant dans lembrasure dune chambre. Cette chute me fait découvrir une porte dérobée tout en chêne, encastrée sous lescalier en colimaçon.
A laide de mon mouchoir, je tire fortement sur la poignée ardente qui cède dans un grand fracas. Sans attendre, je descends les marches qui craquent sous la furtivité de mes pas. Ce que je trouve en bas, malgré la répulsion que jen éprouve, narrête pas mes recherches. Stewart Blake − ou ce quil en reste − gît piteusement sur les lambris déjà suintants de chaleur. Je passe sur lhorreur de ses membres lacérés de part en part tant leur seule évocation na pas de mots exprimant une telle épouvante. Je découvre sa tête, décapitée, gisant dans un coffre ouvert sur les effets éparpillés de son défunt père. Deux marques, dont je reconnais désormais lécriture sanglante, barbouillent son front de leur signification vengeresse. Je cherche frénétiquement le journal mentionné par le psychiatre mais ne le trouve nulle part. Jai lintime conviction que lombre mystérieuse a du sen emparer
avant de mettre le feu à lédifice. Voici une nouvelle pièce à conviction qui séchappe
Nen pouvant plus de ce spectacle, je jette une vieille couverture sur le visage tuméfié de Stewart Blake et fais demi tour pour menfuir de ce lieu morbide. Je piétine au milieu des marches branlantes lorsque lencadrement de la porte du cellier cède sous les morsures régulières des flammes en action. Limplosion qui sen suit me projette en contrebas. Poussant les débris juchés sur mon corps, je me relève difficilement, meurtri par les impacts déchardes rutilantes qui mont lacéré les membres. Mais ce nest pas le moment de tergiverser. Le feu avance dangereusement et je dois faire vite pour m'arracher à son insatiable courroux.
Jécarte le fatras de vieilleries entreposées qui obstrue mes mouvements et me taille un chemin vers un rai de lumière qui perce à travers un mur de brique. Je fouille partout, à la recherche dun instrument contendant. Par bonheur, jempoigne enfin un pied de biche qui traînait parmi un attirail doutils de jardinage et commence à frapper le muret de toutes mes forces. De plus en plus fort, de plus en plus vite
Je sens les flambées me lécher douloureusement le dos lorsque la première brique cède enfin. Je dégage une ouverture à travers les gravas et mextirpe docilement, sourd au éraflures qui meurtrissent ma chair de toute part. En fin à lair libre, je laisse très loin la mélodie crépitante de lâtre siffler ses dernières notes et me traîne près dun petit ruisseau. Alors que je rince mon visage de la suie qui obstrue mes narines, jentends derrière mon dos saffaisser la charpente du pavillon dans un éclat assourdissant.
Quelque peu remis de ma folle et vaine tentative pour récupérer le carnet de notes du Docteur Stewart, je contourne lédifice qui nest plus quun amas de cendres incandescentes. Au loin, jentends les sirènes des pompiers siffler vers nous.
─ Barlow ! Dieu soit loué ! Jai cru que vous étiez resté sous les flammes ! rugit le capitaine Brooks qui se jette bras ouverts à ma rencontre.
***
─ Mais quest-ce qui vous a donc pris de vous jeter dans le cur des flammes ? mengueule-t-il un peu plus tard, alors que je retrouve un semblant dhumanité grâce aux soins de Mily, mon infirmière de charme
Nous sommes assis tout trois dans un box un peu en retrait du « Bluefish », sur High Lane. Mily soigne mes plaies devant le capitaine Brooks, qui de son côté sirote un gin glacé. Cest plutôt calme dans le café où les clients arrivent plutôt en début de soirée.
─ Je navais pas le choix
Il fallait tenter de récupérer ces notes
Jétais sur quelles nous auraient éclairés sur toute laffaire
Aïe, ça brûle !
─ Tiens toi donc tranquille, petit héros
siffle Mily qui bande habilement mon bras gauche. Elle a au préalable appliqué sur ma peau contusionnée un baume apaisant.
─ Vous auriez du attendre les pompiers ! Jai bien cru que vous y été resté, mon vieux
, bougonne le capitaine la mine déconfite.
─ Le capitaine a raison, tu es fou ! semporte-t-elle soudain. Tu ne penses pas aux conséquences de tes actes ! Et si tu étais resté coincé là-dessous, dans cette cave
?
Les yeux noirs de Mily shumidifient à cette pensée et je baisse la tête, conscient de ces élans stupides qui memportent parfois dans une fougue périlleuse. De son côté, Brooks dessine un petit sourire revêche, satisfait que je me fasse sermonner de la sorte.
─ Et vous allez me dire comment vous avez su que ce pavillon était celui de Stewart Blake ! ajoute-t-il en beuglant.
Je scrute la pendule de la brasserie qui balance inlassablement ses aiguilles entre les stoïques chiffres romains.
─ Je ne sais pas
une intuition, je marmonne faiblement.
─ Vous ne seriez pas entrain de vous moquer de moi, hein Barlow ?! tempestes un brooks furibond.
Je grimace une moue pathétique avant de continuer.
─ Cest que depuis quelque temps, jai détranges visions qui apparaissent, jessaie de me justifier.
─ Des visions ?! Voilà autre chose
, ironise Mily qui sen retourne dans la réserve avec sa boite à pharmacie, nous laissant seuls, le capitaine et moi.
Ce dernier me fixe intrigué, triturant son verre où sagitent faiblement deux petits glaçons au crépuscule de leur vie.
─ Des images, dites-vous
De quels genres ? demande mon supérieur dans un soufflement.
─ Oh
Arrêtons avec tout cela ! je réponds lascivement. Cest bonnement ridicule. Je dois être pris de fatigue, jimagine
Le capitaine Brooks grince des dents, bois une gorgée de son verre puis fige à nouveau son bleu regard sur moi. Je me sens carrément harcelé par leur miroitante clarté.
─ Bon
daccord, si vous insistez
dis-je en maccoudant pensivement sur la table. Disons que ce sont plutôt des pressentiments
Jai la sensation quils mavertissent quand je me trouve en danger, voyez-vous
Brooks balance son menton carré en signe dacquiescement.
─ Et depuis combien de temps ces apparitions se manifestent-elles ? me demande-t-il dun air sérieux.
Je fais mine de réfléchir un moment, passablement ridicule à lidée de parler de ces grotesques apparitions. Elles nétaient pour moi quun égarement de ma conscience, causé par un probable surmenage après ces longs jours denquêtes infructueux.
─ Oh
Je dirais depuis que je suis arrivé à Arkham. Cela doit faire cinq mois environ
─ Et vous nen aviez jamais connu avant, nest-ce pas ? Je veux dire lorsque vous habitiez New-Angeles ? interroge à nouveau le capitaine.
Jacquiesce dun petit hochement.
─ Je vois, je vois
Bon, nen parlons plus pour linstant, voulez-vous ? Je retourne au commissariat, dit-il en se levant pour enfiler sa veste. Si ce que vous avez « vu » dans cette cave se vérifie, nous voilà avec un nouveau crime sur les bras de ce culte maudit
. Lautopsie nous le dira très bientôt
Quant à vous, prenez un peu de repos jusquà demain et songer à oublier cette enquête. Vous en avez bien besoin, lâche t-il dans un clin dil complice alors que Mily me rejoins un plateau dans les mains
─ A demain, Lawrence
A demain ma petite Mily et prenez soin du Lieutenant ! lâche-t-il en faisant grincer la porte de loffice.
─ Bonne soirée, capitaine
Je moccupe de lui, promis, lâche ma fiancée dans un sourire écarlate.
Elle dépose un soda pétillant devant moi.
─ Bois ça, monsieur le devin
Et dun coup
, ricane-t-elle en posant un baiser sur ma joue. Jy ai mis une aspirine pour calmer ton mal au crâne.
Je la regarde de lair faussement pathétique du malade récalcitrant. Mais devant lair réprobateur de ma fiancée qui pèse comme une menace si je nobtempère pas à ses attentions, je cède enfin. Je lève mon verre dans une gestuelle ironique − comme si je portais un toast − puis lavale cul sec.
─ Satisfaite, votre altesse ? je maugréais dignement.
Mily se serre contre moi et passe son bras autour de mes épaules. Puis, de ses doigts effilés, me caresse délicatement la joue.
─ Je naime pas ça, murmure-t-elle en apposant sa tête sur mon omoplate. Hier cet ombre étrange qui te suivait
Aujourdhui cet incendie criminel qui manque de tengloutir
Je nose pas imaginer comment tout cela va se terminer
Elle ne le voit pas mais mon regard est perdu dans le vide
─ Toute cette histoire nest pas prête de se finir, Mily
, je réponds dune voix gutturale. En fait, cela commence à peine
Je fais asseoir le professeur Hattameyer sur une petite chaise en bois que je sais inconfortable mais qui est la seule à ne pas être bancale dans ce bureau. Je propose même mon propre fauteuil à mon invité mais le vieil homme refuse poliment.
─ Cela ira très bien, jeune homme. Ne vous alarmez pas pour si peu
Nathan Hattameyer avait expressément tenu à me rencontrer dans la matinée. Il sétait fait conduire sur Marsh Street par son chauffeur dans une superbe Packard 626, modèle de 1925 en parfait état. La fortune du parapsychologue faisait partie du prospère patrimoine dune très vieille lignée daristocrates dArkham. Il jouissait de rentes immobilières qui placées, lui permettait un train de vie confortable.
Je débarrasse le professeur de son pardessus en peau de chien et de son chapeau de feutre que je place délicatement sur mon portemanteau.
─ Je peux vous faire monter un café si vous le désirez ? demandais-je à mon visiteur en apposant lindex sur le bouton de mon interphone.
Le professeur décline poliment mon offre puis saffaire à ouvrir son attaché-case qui patiente à ses pieds. Il en sort un gros livre que je reconnais aisément à son enveloppe unique. Il sagît du «De Verbooten Wissens » dont il ma révélé lexistence deux jours plus tôt.
─ En faisant des recherches plus approfondies dans les passages liés à linvocation du culte Volkk, jy ai relevé des épigraphes très intéressants pour votre enquête, monsieur Barlow.
Depuis les deux derniers jours et leurs mystères respectifs, certains actes − qui auparavant jaurais refusé par leur aspect irrationnel − faisaient partie désormais dune audience particulière. Il mavait fallu du temps pour admettre lexistence de «choses » dépassant lentendement humain. Mais mes inquiétantes hallucinations nen étaient-elles pas une preuve ?
─ En mintéressant à la classification des sortilèges inventoriés par Henri Beerens dans le sombre chapitre des « Incantations oubliées », jai réussi à y détacher des descriptions significatives quant au déroulement de la cérémonie dinvocation du Dieu Volkk.
─ Je vous écoute, monsieur Hattameyer
Deux petits toussotements précèdent la suite de ses propos.
─ Ce sort − dans ses aspects préparatoires et solennels − se rapproche de lappel commun au pouvoir dun Grand Ancien à demeure stellaire. Je passerais sommairement sur la préparation du rituel qui nous intéresse peu ; il sagît néanmoins dannoter sur un sol de pierre disposé en forme détoile le sceau de la divinité choisie. Pour implorer la venue du dieu Volkk, linvocation doit être prononcée au crépuscule, par temps dégagé et face à létoile dAldébaran qui est son symbole planétaire. Sachez que cette étoile est particulièrement visible entre Janvier et mi-Mars où son auréole atteint son hâle le plus brillant dans le ciel.
─ Et nous sommes le 2 Février
remarquais-je en jetant un il inquiet sur mon interlocuteur.
Hattameyer confirme mes craintes dun acquiescement entendu avant de se replonger dans les pages du « De Verbooten Wissens ».
─ Suivant la coutume, le prêtre partage alors son sang avec celui dune victime innocente quil verse dans un gobelet en fer. Il arrose ensuite les pierres de lautel de cette mixture sanguine avant de prononcer la litanie dappel ou de révocation.
─ Et daprès vous, qui est susceptible de connaître cette litanie ? demandais-je dans un espoir.
Le parapsychologue lève la tête de son grimoire quil referme avec une délicatesse soutenue. Il me scrute avec un petit sourire satisfait.
─ Notre problème nest pas de savoir qui connaît lappel de Volkk, lâche-t-il dun air éloquent, mais dapprendre qui détient le ténébreux pouvoir de linvoquer !
─ Comment cela ? Je ne comprends plus rien
arguais-je en fronçant les sourcils.
─ Cest sur ce dernier point que vous devez investiguer, mon jeune ami. Seule une personne ayant le titre de Prêtre peut appeler un être stellaire tel quHastur, Ithaqua ou Volkk
Et ce titre est uniquement héréditaire, monsieur Barlow, ajoute fièrement le professeur pour ponctuer son débat.
─ Héréditaire
.Cela voudrait donc dire que linvestigateur des meurtres dArkham possède obligatoirement un lien de parenté avec la grande prêtresse condamnée par le tribunal de Boston. Mrs Whateley
─ Exactement
et il en est ainsi depuis les origines de ce culte. Les adulateurs au sein de leur caste ont délégué à leurs pairs dirigeants trois titres: Le Guide, Le Prêtre et le Bourreau (ou Pourfendeur). Ils sont sensés représentés les qualités divinatoires des Grands Anciens ; à savoir le pouvoir, la magie et la force. Et la succession de ces titres a, pendant des siècles, était prononcée dans des unions secrètes, afin de faire perdurer dans une même consanguinité le règne des futurs leaders du culte.
─ Cette information est dune importance capitale, Professeur. Elle permettrait de mobiliser nos soupçons sur les seuls descendants de Caroline Whateley.
Nathan Hattameyer sagrippe à sa canne puis hisse sa haute silhouette. Je me lève à mon tour, contourne mon bureau et lui rapporte ses effets pendus à mon portemanteau. Jachève daider mon visiteur à enfiler son pardessus lorsquil soupire ces mots :
─ Trouvez lhéritier des Whateley capable dappeler Volkk le terrible et vous aurez votre assassin, lieutenant Barlow
Pour ma part, je ne puis plus vous aider désormais
Je ne suis plus un homme daction
lâche-t-il en ricanant dun dépit damertume alors quil appose son feutre sur sa coiffe grisonnante.
Je lui serre fortement la main alors quil empoigne son attaché-case pour ranger son grimoire aux lourds secrets. Avant de loqueter sa sacoche, il en extirpe un petit objet abrité sous un chiffon en coton. Il tend bientôt le paquet sous mon regard intrigué.
─ Prenez ceci, jeune homme. Cest une amulette de protection appelée Pierre de Lune. Portez la autour de votre cou et ne lenlevait sous aucun prétexte avant la fin de votre enquête. Bien que limitée dans ses pouvoirs, elle vous gardera des sortilèges du culte.
Je reste impassible alors que je déroule le tissu qui entoure le talisman. Cest un pendentif relié à une étoile à cinq branches, moulée dans un plâtre blanc. Malgré un naturel sceptique pour ce genre de gris-gris, jenfile cependant le fétiche autour de mon cou. Je ne crois pas aux pouvoirs de telles babioles mais pour cette fois je mexécute de bonne grâce. Cela aura au moins eu leffet darracher un sourire apaisant au professeur Hattameyer avant que ce dernier prenne congé de mon bureau.
***
Le capitaine Brooks pique un morceau de viande quil porte à sa bouche gloutonne. Nous déjeunons tout deux dans un « Bluefish » bondé de monde. Dans mon assiette jattrape une feuille de salade que je croque avec appétit. De temps en temps, je lance un regard compatissant à Mily qui sert à elle toute seule les 30 couverts que comptent le restaurant.
─ Fameux ce steak, lâche John Brooks entre deux bouchées alors que mon regard perdu vaque entre les tables. Et bien quavez-vous, Barlow, vous ne mangez pas ?
─ Je réfléchissais
Jai du mal à faire autre chose tant cette enquête me tracasse.
Il finit de mastiquer sa viande puis porte son verre de vin à ses lèvres.
─ Patience, Barlow
lâche t-il en reposant son verre sur la table. Nous mettrons bientôt la main sur notre homme. Filmore, délégué adjoint du bureau des états civils dArkham, recherche activement tous les actes de naissance de la branche des Whateley de 1950 jusquà nos jours. Dès que nous aurons en mains ces informations, il ne nous restera plus quà remonter jusquaux descendants de la souche demeurant dans le Massachusetts ou dans le Rhodes Island. Le District Attorney est déjà prévenu et les autorisations de perquisitions seront délivrées en temps record.
Le regard que je lance au capitaine cache à demi mon scepticisme. Depuis combien de décennies se jouait en coulisses dArkham détranges ballets sectaires ? Au fil du temps, leurs adorateurs avaient toujours échappé au collet de la police. Sans compter les complots qui sétaient tramés au plus profond des classes bourgeoises de la région, souillant par la corruption nombres denquêtes de terrain.
Je craignais que les investigateurs de ces sectes sans noms nous échappent à nouveau. Profitant de ma matinée de repos, javais pris le temps détudier lhistoire dArkham en retournant investiguer à la bibliothèque de Miskatonic. Suivant les conseils du professeur Hattameyer, je métais penché sur les évènements énigmatiques relatés par la presse locale depuis la fin du 19ème siècle.
Javais relevé des dizaines de témoignages qui, par leur obscurantisme douteux, couronnaient à exposer lampleur des mystères dArkham. Déjà, au début du vingtième siècle, précisément en 1907, la police avait démantelé les agissements dune secte curieuse qui officiait son culte dans des repères marécageux prés du port de pêche de Kingsport. Une cinquantaine dautochtones avaient été interpellés ; tous arrêtés dans un temple de pierre à demi enfoui dans les rochers où ces adulateurs se prosternaient en psalmodiant des chants impies devant lidole dune immonde créature tentaculaire. Et ce nétait que le début
Pendant une quinzaine dannées, la région dArkham souffrit dune série daffaires pernicieuses impliquant des disparitions sans explications ou des morts mystérieuses. Les explorations policières de lépoque avaient, dans presque tous les cas, ajournaient ces affaires faute déléments percutants. Des déroutes régulières qui allaient assombrir la réputation dArkham au fil des ans.
La mort non élucidée du scientifique Herbert West ; le rasage pur et simple du port dInnsmouth pendant lhiver 1928 ; la disparition soudaine de Randolph Carter, célèbre auteur dArkham et ancien héros de guerre ; linconnue météorite qui chuta sur la ferme de Nahum Gardner
Tous des exemples éloquents parmi tant dautres.
Cest pourquoi un pessimisme latent transpirait de tous mes pores à lévocation du culte Volkk. Le sens prémonitoire des paroles de Nathan Hattameyer lors de ma visite dans son manoir de Crowningshield claquait dans mon esprit ; « Arkham recèle bien des secrets dépassant la raison des mortels
»
Je décide datermoyer pour linstant ces mauvaises pensées et achève mon déjeuner en silence. Mily vient nous rejoindre au moment du dessert, nous portant un plateau de pâtisseries faites maison. Je remarque quelle est étrangement pâle.
─ Que tarrive-t-il mon chou ? jinterroge, très inquiet de la mine blafarde quelle affiche.
─ Oh
Rien, rassures toi
Je suis un peu ballonnée depuis ce matin. Une petite migraine passagère, cest tout, me dit-elle dans un petit sourire tourmenté.
─ Tu travailles trop, Mily. Quand le patron du « Bluefish » se décidera-t-il à engager une autre serveuse pour te suppléer à midi ?!
Le capitaine Brooks, qui attaque à pleines dents une tarte aux fraises, grommelle son assentiment.
─ Ne te tracasses pas
La situation ne durera plus très longtemps maintenant que je te suis à Boston, expire-t-elle un faible sourire aux lèvres.
Je lui serre vivement la main. Jadmirais le courage dont faisait preuve ma fiancée. Quil était bon davoir une personne à qui se rattacher dans les moments de doute. Mily était pour moi une bouée de secours dans une mer de mystères, une bouffée dair pur dans un environnement malsain.
─ Bon
Je dois continuer, siffle ma fiancée en se relevant lourdement de la banquette. Ma pause est terminée. Je te rejoins tout à lheure, Laurie
─ Cette petite est une vraie perle, Barlow ! jacte Brooks alors que Mily rejoint les cuisines. Ne la lâchez pas !
Jacquiesce en silence, me félicitant davoir au moins trouver une chose qui en valait la peine à Arkham ; une chose qui annihilait toutes mes autres amertumes : lamour de Mily.
La morgue dArkham est un bâtiment sis à la faculté de science de Miskatonic. Le médecin légiste Jenson Brings nous guide à travers les longs couloirs blancs jusquà la salle dautopsie. Il nous demande denfiler des masques aseptisés puis nous fait signe dapprocher. Au centre de la pièce obscure, un drap recouvre une forme étendue sur une table de dissection en inox. Lames, scalpels et bistouris de toutes tailles et de tous tranchants reposent sur un plateau attelé à un trépied métallique.
─ Même conclusions que pour Baker, messieurs, commence Brings qui retire délicatement le drap recouvrant le corps démantelé du docteur Blake.
Malgré nos masques, une bouffée nauséeuse nous prend à la gorge mais elle se justifie tant le spectacle qui soffre à nos yeux est des plus morbide. Javais déjà vu ce corps démembré dans la cave en feu du pavillon de Rockton. Mais le revoir à nouveau − et qui plus est complètement brûlé − était dune insoutenable horreur. Les stigmates de lincendie avaient effacé tous signes distinctifs de cet homme jeune et entreprenant avec lequel javais échangé des paroles courtoises moins de 48 heures auparavant. Ce corps noirci et défiguré ressemblait à une momie égyptienne déterrée dun sombre tombeau de la vallée des Rois.
─ On a sectionné ses membres de la même façon, en tirant dessus. Comme ça ! Clac !
Le légiste nous mime le geste ; ce qui a pour résultante un détestable frisson qui nous coure sur léchine de la colonne vertébrale.
─ Regardez par exemple la coupe de locciput ; celle-ci est irrégulière et les tissus de la peau pendent comme si ils avaient été arrachés par une force surprenante. Une lame aurait décapité la tête dans une coupe rectiligne
─ Qui aurait pu faire une chose pareille ? demande un Brooks écuré.
Jenson Brings nous jette un il accablé pour signifier son incapacité à satisfaire une réponse rationnelle.
─ Je me répéterais en vous disant quune personne normalement constituée est incapable dun tel geste. Un grizzli en aurait la force, peut-être un gorille mais qui a vu de telles créatures en dehors dun zoo ou dun cirque ? lâche le médecin légiste passablement désappointé.
Sur ces conclusions morbides, nous sortons de létablissement et retournons au commissariat. Brooks est le premier à rompre le silence alors que nous patientons dans son office, la mine pensive et tendue.
─ Vous aviez vu juste, Barlow
On essaie de se débarrasser de ceux qui se sont mis en travers de cette secte maudite. Baker par ce quil avait défendu Dunbar dans ce procès bidon, Blake par ce que son père détenait des révélations compromettantes sur ce dernier
Je regarde le tableau noir où sont piqués les portraits des deux victimes ainsi que toutes les annotations rapportées par nos services denquête.
─ Et attendez, capitaine
Et si nous faisions fausse route
Brooks me dévisage sans comprendre.
─ Hein ? Mais comment cela ? jacte-t-il fortement. Expliquez-vous lieutenant
Je me lève et me dirige vers le panneau.
─ Et si plus que ces deux hommes, on avait cherché à se débarrasser en priorité des preuves quils possédaient
Les yeux de mon supérieur sortent presque de leur orbite.
─ Cest à dire
─ Pourquoi alors avoir attendu quinze longues années pour éliminer ces hommes au nom dune quelconque vengeance ? Cela na pas de sens. Non
et puis Le docteur Blake Fils nétait pas impliqué directement dans tout cela
Cétait son père
─ Vous pensez que lon a essayé de masquer les indices révélant lidentité de lorchestrateur de ces actes ? se hasarde Brooks, pensif.
─ En effet, cela se pourrait fortement. Le carnet de notes et les dossiers de Baker ont disparu. Que contenaient-ils de si confidentiel ? je grimace.
Brooks se lève à son tour pour me faire face. Nous scrutons tout deux la liste des documents denquête.
─ Ils essaient déliminer toutes les traces qui remonteraient aux origines du culte. Si ils y parviennent, plus rien ne pourrait interrompre la résurgence des sectateurs du dieu Volkk.
─ On protège donc les héritiers du culte selon vous, Barlow
─ Exactement
Et si lavènement de leur dieu impie aurait du avoir lieu, cela ferait longtemps quils lauraient exaucée. Non
Ils ne sont pas encore prêts ; ils cherchent à reconstruire secrètement leur cabale
Je jette un coup dil à ma montre qui marque 15 heures passées.
─ Mais à quelle heure votre ami Filmore devait nous appeler
Il est presque
Je nai pas achevé ma phrase que nous en comprenons tout les deux son sens révélateur.
─ Bonté divine ! Filmore ! Vite Barlow ! A lhôtel de Ville ! grogne le capitaine en bondissant de son siège vers la porte. Je le suis à toutes jambes
A travers le crachin uniforme qui mouille le bitume, nous atteignons la mairie dArkham sur Peabody Avenue en même temps que les pompiers. Laile droite de lédifice municipal est la proie dun feu virulent. Une foule de badauds patientent sous la pluie, la tête levée vers les flammes qui lèchent la nuit de leur folle incandescence.
Brooks montre son insigne à lagent qui bloque le périmètre de sécurité puis sengouffre dun pas rapide vers le Q.G dintervention. Alors que je le précède de quelques mètres, je suis brusquement stoppé par une nouvelle vision. Ma tête me lance à éclater et je madosse sur le capot dun véhicule de Police pour reprendre mes esprits. Un agent en faction vient me trouver mais je lui fais signe quil ne sagit que dun petit étourdissement passager.
Ces visions impromptues, je les avais désormais acceptées comme des pressentiments positifs. Cest pourquoi je fais immédiatement demi tour et contourne lHôtel de Police par Armitage Street. Jespérais quil ne soit pas trop tard
Je trottine en longeant les murs, me faufilant jusquà la cabine téléphonique qui se trouve derrière un petit bosquet. Dissimulé de la sorte, jai un champ de vision privilégié sur les toits. Je commence à douter de mes hallucinations lorsque japerçois celui que je recherche qui atterri après un saut vertigineux sur la pelouse humide dun jardin public, campé dos à la mairie. Il se relève sans heurts et rejoint la chaussée en sautant par-dessus les haies de cyprès nains qui contourne le jardin. Là, il traverse la rue en direction dune berline noire qui stationne près dun commerce aux volets abaissés, tous feux allumés. Je me glisse silencieusement de ma cabine, le col de ma veste relevé jusquau menton. Jespérais que la grisaille me dissimile au regard du fuyard. Quelques secondes plus tard, un taxi passe silencieusement et je le hèle de la main. Au même moment la berline quitte son parcage dans un petit crissement de pneus.
─ Police, je beugle au chauffeur en lui montrant ma plaque. Suivez cette voiture, la noire, juste devant
Le conducteur sexécute, faisant glisser son véhicule sur les chapeaux de roues. La circulation est ralentie par la pluie, ce qui avantage notre course-poursuite. La berline sort bientôt dArmitage Street et bifurque sur Garrison street, remontant le fleuve Miskatonic par le Pont de lIndépendance. Sur la rive opposée, nous suivons la West. River. Street pendant dix bonnes minutes, plongeant vers la vallée du Miskatonic qui rejoint Alesbury, puis qui continue par louest à Dunwich.
Les automobiles se font de plus en plus rare alors que la rase campagne approche et je commence à minquiéter quils nous repèrent. Je donne lordre au chauffeur de laisser une distance conséquente entre les deux véhicules, afin de minimiser les risques. Après trois kilomètres dune chevauchée tendue, la berline emprunte une route tortueuse de gravillon et de sable quelle dévale en cahotant. Jordonne au taxi de sarrêter en amont du chemin. Le chauffeur immobilise notre auto sur une petite aire verdoyante où des hêtres et des ormes nous dissimulent efficacement.
Je dicte au conducteur de taxi une série dinstructions, les notant en détail sur un bout de papier. Je le sommais daller retrouver le Capitaine Brooks et de lui donner cette feuille en mains propres si je ne revenais pas dici vingt minutes. Lhomme acquiesce et je lui file un billet de cinquante quil engouffre dans son portefeuille. Jespérais quil tienne son engagement
Sinon, je serais seul face à lombre mystérieuse et à ses acolytes
Je quitte le taxi et mengouffre à travers la végétation. La pluie redouble et le tonnerre commence à bourdonner dans le lointain. Je traverse avec peine des buissons ardents pour rejoindre le chemin rocailleux qui déambule au bas de la vallée où coule le Miskatonic. Dans un fracas étourdissant, la pluie et un vent violent font chavirer le fleuve sur les pontons glissants des débarcadères. Japerçois la berline noire à quelques mètres de la rive, prés dune digue. Elle est cachée derrière une rangée de bouleaux qui serpentent en remontant vers un petit pic escarpé. A son sommet, une vieille chapelle abandonnée patiente dans la brume. Je découvre au loin un minuscule passage pierreux et brimbalant qui conduit à lédifice. Larme aux poings, je mapproche du véhicule à pas de loup. Les sièges sont vides
Jhésite entre rebrousser chemin et retourner à Arkham mais ma curiosité lemporte. Trop de fois, ces criminels nous avaient échappé. Désormais, javais la possibilité de les démasquer et de mettre fin à leurs agissements démoniaques. Et cest ce que je comptais bien faire
Jemprunte le chemin envahi par la végétation et atteint les ruines de la Chapelle. Une odeur abjecte de pourriture mêlée à lhumidité se dégage tout autour de ces vestiges centenaires. Un orifice perce à travers le bois vermoulu dune ancienne porte dentrée.
En me glissant sous louverture, je remarque une inscription gravée à mi hauteur dans le bois. Le sceau de Volkk fraîchement entaillée dans le pan de chêne. Javais donc la certitude que je me trouvais bien dans lenceinte du culte dun des Grands Anciens
Je pénètre sous les décombres de la chapelle. Tout est noir là-dessous. Des débris de vieilles poutres moisies et des blocs de pierre envahis par la mousse gisent en nombre. Je pousse quelques ruines mais abandonne très vite tant ce ramassis de débris samoncelle sur mon passage. Le toit du monument est à demi effondré et des gouttes de pluie filtre en saccades, suintant sur les gravats. Je navais aucune chance de trouver quelque chose dintéressant ici. Soumis, je sors de loratoire, espérant découvrir une issue dissimulée qui me conduirait au repère de mes fuyards. Je fais quelques pas en direction dun muret en ruine que jenjambe difficilement. Je découvre alors en contrebas dun tertre sablonneux une cinquantaine de stèles plantées dans le sol comme la dentition abjecte de quelque ogre de conte. Un cimetière
Jinvestigue dans ce lieu sinistre fait de pierres tombales séculaires et à moitié brisées pour nombres dentre elles. Un mausolée attire mon attention. Ses façades sont sculptés de bas reliefs étranges et représentant des scènes dune cérémonie macabre. Deux colonnes de marbre gardent lentrée du mausolée. En mapprochant, je remarque que la grosse porte en chêne est entrouverte. Javais trouvé leur cachette mais je ne devais pas men féliciter bien longtemps. Jai à peine mis le pied sur la première des trois marches qui mène à lorifice que deux ombres surgissent ; lune au dessus de ma tête se jette sur moi en criant dans un horrible dialecte, lautre mattaquant de flanc avec une matraque. Je nai pas le temps de lever mon arme et de faire feu quun coup traître par derrière memporte dans le néant.
***
Je sors de ma torpeur la vue brouillée et la bouche pâteuse. Mon crâne se ressent dune douleur lancinante en lieu et place du coup de lapin qui ma conduit à lévanouissement. Je me relève péniblement et constate que jai les mains attachées derrière le dos à une grosse boucle en acier plantée dans le mur. Je tire sur mes chaînes mais leur résistance me suffit à penser que cest peine perdue. Je concentre alors mon regard diffus sur ce qui mentoure. Je suis prisonnier dune pièce sans mobilier qui ressemble à une galerie souterraine. Tout est silencieux ici, dun calme inquiétant comme si cela précédait lannonce dun concerto dhurlements et de souffrances.
Face à moi, un escalier en pierre aux marches sinueuses et polies par le temps grimpe vers un inconnu palier supérieur. Les murs latéraux − tout comme le pan de granit où je suis enchaîné − ont été taillés à même la roche. Sur chacune des parois rocailleuses dansent la flamme solitaire dune petite torche, jetant un éclair opalin sur la noire obscurité.
Je commence à faire des suppositions qui me plongent dans un profond pessimisme quant à mes chances de revoir un jour les rayons du soleil. Je devais me trouver dans lenceinte dun ancien temple voué au culte dune secte dArkham, aujourdhui disparue. Probablement dans la geôle qui accueillait les victimes prisonnières avant la cérémonie sacrificatoire. Les sbires du culte Volkk y avaient installé leur nouveau prieuré. Aller bientôt ressurgir dans ces arcanes rocheux les cris de supplice dinnocentes victimes, sacrifiées sur lautel au nom dune divinité monstrueuse. Larmée navait pas découvert ou raflé tous ces lieux de cultes infâmes et combien dentre eux se cachaient encore sous les terres dArkham ?
Je me posais bien dautres sombres questions quand le fracas métallique dune porte grinçant sur ses gongs rouillés siffle à mes oreilles. Un rai de lumière blafard se dessine sur les marches séculaires de lescalier graniteux. Jentends aussitôt le claquement régulier des semelles de mes geôliers sapprocher de plus en plus. Je lève la tête et entrevois deux silhouettes encapuchonnées, chacune dans une combinaison en tulle brun. Je ne vois pas leur visage et dissimulés de la sorte, ils ressemblent à de sombres prêtres païens. Javais envie de leur cracher ma façon de penser mais je me retins. Si je devais mourir, je refusais de lêtre en proie de sacrifice. Jattendrai le moment propice à ma rébellion, espérant pousser dans le trépas quelques uns de ces vils adorateurs.
Le sectateur à ma droite retire bientôt son capuchon, me découvrant son faciès sordide. Javais reconnu dans cette démarche et cette silhouette famélique lombre que javais tant poursuivie. Dabord dans les rues dArkham, puis se faufilant sur les toits tel un félin
De cet animal, il avait la ressemblance jusquaux traits de son visage cireux. De larges yeux noirs luisants comme ceux dun nyctalope, enfoncés dans des orbites violettes. Un nez aquilin aux narines démesurées, une bouche large dont les lèvres tombantes ricanent dune horrible manière et des oreilles longues et pointues comme celles dun orque complètent cet éloquent portrait.
─ Quallons nous faire de lui, Miss Whateley ? marmonne la parodie féline dune voix comminatoire, en me montrant du doigt.
Je dirige mon regard vers lombre de gauche. Jai, en scrutant ses formes charnelles une détestable appréhension. Elle se matérialise en cauchemar lorsque quelle retire sa coiffe. Soudain, mes jambes flageolent et je maffaisse dans un râle incrédule. Mon cur me parait exploser de souffrance et des larmes perlent sur mes joues. Je devais donc tout perdre dans cette histoire
─ Je tavais pourtant mis en garde, Laurie. Mais tu nas écouté que ton devoir, comme toujours
Jaurais préféré que cela ne se passe pas ainsi
Je regarde ma fiancée qui se tient devant moi telle une déesse de lolympe se moquant dun simple mortel. Elle est belle et impassible. La même lueur ardente que je lui ai toujours connue brille dans ses yeux sombres. Ces cheveux plus noirs que la nuit sont enroulés en chignon, lui dégageant la nuque. Sa peau laiteuse est autant de marbre que ses traits figés.
─ Non
Mily
Cest impossible. Dis moi que tout ceci nest quun mauvais rêve
je murmure faiblement. Pourquoi, Mily ? Pourquoi
?
Elle me scrute dune horrible façon, comme si jétais un poison pénétrant ses veines.
─ Ils méritaient de mourir
Ils ont tué ma mère
à laube de lavènement de notre Grand Seigneur Volkk, le redoutable. Cela nous a retardé dans son appel. Mais Bientôt, oui très bientôt
Volkk gouvernera à nouveau sur le monde en attendant le réveil des autres Grands Anciens dAldébaran
Alors lunivers sabaissera sous son courroux. Ahkjrghh Volkk Kitrhajay !
─ Mais tu es complètement folle ! Qui es tu ?
Mily éclate dun rire sardonique qui se répercute dans un écho caverneux. Lombre féline laccompagne dans un feulement strident.
─ Mon vrai nom est Milidence Whateley, mon cher Lawrence. Je suis la fille de lunion secrète entre Caroline Whateley et Erwin Dunbar. Mon père, cet immonde être, nous a trahi, nous précipitant tous dans le chaos. La plupart dentre nous ont été arrêté par les autorités militaires qui ont détruits nos lieux de cultes. Mais certains, une poignée seulement, ont pu senfuir. Javais dix ans lorsquon me plaça chez ma tante de Dunwich. Dés années durant, elle minitia aux cultes de notre rang. Jeu droit aux lectures révélatrices du Necronomicon et du Culte des Goules. Jappris les bases des pouvoirs de mes ancêtres Noah, Wilbur, Lavinia et tous les autres. Puis lorsque je fus enfin prête, je retournais à Arkham pour préparer notre retour. Il y a deux ans, je fus intronisée Grande Prêtresse lors dune cérémonie dinitiation en présence des derniers adorateurs dont Raak est le pourfendeur.
Elle me désigne lombre à ses côtés. Raak me sourit sournoisement. Jaurais donné tout pour pouvoir lui ravaler à coups de poings ce rictus malsain
─ Jespérais libérer mon père de son entêtement à absoudre notre culte, continue Mily, mais il refusa de nous rejoindre, préférant se suicider lâchement. Volkk le punira dans lautre monde !
Jétais effaré par tant dabsurdités. Le dégoût que me procuraient ces deux adulateurs était insondable. Mais le pire, cest que javais été aveugle pendant six long mois
─ Et moi dans cette histoire, Mily ? jargue dans un râle dapitoiement. Je nai été quun pantin à tes yeux, jimagine ?
Elle glousse de plaisir pervers avant dajouter.
─ Il me fallait une personne hautement placée dans la police pour mavertir en temps réel des enquêtes dArkham. Jai essayé de te faire rester à Arkham le plus longtemps possible, toi qui voulais déménager à tout prix à Boston
Sombre idiot, jamais je naurais quitté Arkham ! Mais maintenant je nai plus besoin de toi. Oui
toutes les preuves de mon existence ont été détruites. Et puis ce que jai tant espéré de toi, je lai finalement obtenu
Elle sapproche et tend une main élancée vers ma joue humide. Je me détourne vivement, lui crachant un juron.
─ Ah, Ah
braille-t-elle. Tu resteras toujours le même, Lawrence
Tu auras été un bon amant, le meilleur que jai connu. Tu devrais être fier de ce qui va arriver, mon cher fiancé.
Elle se touche le ventre en gloussant de plus belle. Je la regarde, inquiet de lair satisfait quelle affiche.
─ Que veux tu dire ? je demande, ourdi de ces paroles obscures.
Lexpression de satisfaction qui se peint sur ses traits est celle dune reine de Sabbat à laube dun nouveau règne.
─ Volkk sera bientôt parmi nous, mon chéri
Définitivement
Et tu en seras le père. Je suis enceinte, ajoute-t-elle en ricanant.
Cette dernière révélation finit de manéantir et je sombre dans une frénétique colère. Je tire sur mes chaînes comme un damné en criant ma haine et mon dégoût.
Mes geôliers se moquent en gloussant.
─ Quon prépare la cérémonie sacrificatoire pour invoquer Volkk, Raak. Le Lieutenant Barlow sera son prochain présent en attendant sa résurrection.
Raak remonte sa cagoule brune et glisse en silence vers les escaliers de pierre. Une torche dans la main, je le vois disparaître vers l'embrasure de la salle comme un feu follet mourant sous la terre.
─ Nous reviendrons te chercher très bientôt, Laurie
siffle Mily Whateley en sapprêtant à prendre congé de moi. Dans une heure, le crépuscule tombera sur Arkham. Alors tu feras la rencontre avec le Pourfendeur dâme en personne
Ta dernière rencontre
Je lobserve filer dans la nuit pendant quelques secondes avant de tomber dans un voile funèbre pour enfin mévanouir.
Je me réveille allongé sur un autel de pierre, incliné légèrement vers le sol. Mes bras sont attachés en croix et mes pieds liés ensemble. Tout autour de moi, brillent les feux de torches portées par des dizaines dadorateurs encapuchonnés.
Ils patientent en silence, le trou béant de leur visage dirigé vers lautel sacrificatoire. Je relève la tête et parviens à trouver une inclinaison pour observer plus au loin. Je suis au centre dune vaste coursive circulaire, probablement une cavité pratiquée à même dans la roche par les adeptes insensés dun ancien culte. En face de moi, un trône orné denluminures dorées est posé sur un large piédestal surélevé. Une terrasse sépare le siège étrange et lautel où je suis enchaîné. Jen examine le sol et découvre un monticule de pierres disposé en cercle. En son centre est peint un curieux pentagramme. Je lève la tête vers le plafond et découvre, à la lueur des torches des sectateurs, lhorreur dune frise cérémoniale peinte jadis par des artistes aux inspirations démentes. Je nose en regarder davantage tant les scènes qui sont décrites dans daffreux ornements dépassent la raison. Je ne me faisais pas dillusion quant à mon proche avenir ; jallais être crucifié en lhonneur du Dieu Volkk. Je me souvins de ma rencontre avec le professeur Hattameyer qui mavait décrit en détail la cérémonie et je commençais à trembler.
Jattend ainsi dans langoisse pendant un long moment quand souvre à ma droite une nappe de lumière doù jaillit une petite procession. Je reconnais Raak à sa démarche caractéristique qui se tient aux côtés de Mily. Tout deux sont en habits de cérémonie. Deux sbires encapuchonnés marchent à leur suite. Ils tiennent chacun un plateau quils déposent au pied du trône doré.
Mily se dirige vers le siège impérial où elle s'établit dans une gestuelle altière. Elle porte une robe de mousseline transparente, à la coupe obscène, qui lui découvre une poitrine voluptueuse aux mamelons tendus et écarlates. Sa coiffe, quelle porte en chignon, est faite dune couronne tressée qui ressemble aux parures de cérémonie des anciens prêtres égyptiens. Le sceau du dieu Volkk y est peint en lettres dor.
Lassistance sagenouille au moment où elle débute un discours dans une langue aux diatribes inconnus, dont les syllabes happées par des intonations défiant la sémantique bourdonnent disgracieusement à mes tympans. Si je ne comprends rien à ce quelle dit, jen imagine le sens. La cérémonie allait commencer
Dans une pantomime grotesque, les adulateurs se prosternent tout autour de lautel. Ils répondent en chur dans une litanie gutturale aux injonctions de leur prêtresse. Ce jeu dure une bonne minute avant que commencent les incantations. Raak, qui traîne une longue cape grenat sous ses effets de parade, prend un des deux plateaux − celui contenant un petit poignard et un gobelet en or où sont pointées détranges arabesques − puis de dirige vers le laraire de granit. Il est assisté dans cette tâche par un fidèle qui le suit avec lautre plateau ; ce dernier contient un grimoire dont la couverture en peau humaine ne met pas inconnu. Sagissait-il du Necronomicon, ce livre dont Nathan Hattameyer détenait un exemplaire dans sa collection ? Aussitôt, Milidence Whateley quitte son siège et dévale lentement les quelques marches qui la conduisent au cercle pavé en forme de pentagramme. Elle sagenouille et ladorateur lui apporte le livre des morts
Elle louvre à une page inconnue puis psalmodie en chuchotant dans un obscur jargon qui ressemble à de larable ancien.
Jessaie de me débattre en tirant sur mes liens quant je la vois se relever. Je ne reconnaissais plus dans cette créature la femme que javais aimé mais bien la sanglante sibylle dun culte irréligieux. Une harpie ne maurait pas plus dégoûté. Il y a dans son regard quelque chose de profondément abject que je ne peux expliquer ; comme si javais en face de moi la prophétesse réincarnée du mal.
Elle me sourit narquoisement tout en sapprochant de lautel, suivi de Raak.
─ Il est temps de mêler ton sang au mien, Lawrence, débute-elle en approchant le petit poignard de mon bras tremblant. Accepte ta destinée et tout ce passera bien, mon chéri
Pense à lhonneur quil test fait de mourir pour notre Dieu ! Gloire à Volkk !
Je lui crache au visage alors quelle entaille mon avant bras avec la passion de la folie qui brille dans ses noires prunelles. Je ne ressens rien car ma colère dépasse ma douleur. Jinsulte son clan ignoble des pires jurons de mon vocabulaire lorsque elle récupère mon sang dans le godet en or. Je nai juste que son sourire frondeur en réponse.
Ils sécartent bientôt de moi, me laissant me vider de mon sang, puis sen retournent sur la terrasse de cérémonie. Ma vue se trouble mais jai le temps de voir Mily souvrir une entaille et en mélanger son liquide vital au mien. Elle verse le tout sur le pentagramme en déclamant la venue de Volkk, les mains levées au ciel. En arrière plan, les adorateurs se dandinent abominablement en invoquant derechef leur maître
Je crois divaguer lorsquun vacarme étourdissant me brise les tympans. Un froid glacial me gifle le visage et jai alors la conviction que Volkk arrive des cieux pour me démembrer de part en part et memporter dans les abysses insondables dAldébaran. Mais en entendant les cris des adorateurs qui conspuent de haine, je comprends que quelque chose est entrain de se passer. Je relève la tête et aperçois un groupe de sbires armés de lances enflammées qui se dirigent vers un orifice où filtre un rayon lumineux. Quelques instants plus tard, des coups de feu claquent dans lobscurité et des cris incrédules font écho.
─ Police ! beugle une voix rude, Que personne ne bouge !
Jai à cet instant un sentiment de joie immense. Je venais dentendre la voix du capitaine Brooks ! Les minutes qui suivent ségrènent au fil dune longue bagarre entre les adorateurs du culte Volkk et les forces de police. Je vois des hommes se battrent et tomber, dautres fuir par des passages dérobés. Armé dun cimeterre, Raak se jette dans la bataille, découpant tout sur son passage. Quant à Mily, elle est toujours hideusement prostrée dans le cercle de pierre. Et elle ricane
Je me dis quelle a du perdre la raison quant un hurlement insondable honnit dans la nuit. Le sol tremble et un fatras de grognements gutturaux percent mes oreilles. Ce à quoi jassiste par la suite est proprement incroyable ! Un tourbillon, dune opaque fumée blanche, remonte du pentagramme dans un maelström assourdissant, venant sentourer autour de la prêtresse. Des éclairs statiques jaillissent de toute part, illuminant la vaste salle souterraine. Cest alors quapparaît à nos yeux la plus abominable vision dhorreur qui puisse exister. Je me souvins de lindescriptible illustration représentant Volkk dans le livre du professeur Hattameyer, là javais devant moi sa personnification, en dix mille fois plus monstrueuse. La chose, grotesque et hurlante, mesure plus de trois mètres de hauteur. De laspect humain ou animal, elle na rien de commun propre à une créature terrestre. Non
Sa morphologie venait dun ailleurs cosmique, dune dimension fantastique où lhomme puise ses plus vils cauchemars
On pouvait bien len approcher dune image anthropomorphe, mais il aurait fallu exagérer les puissances de la nature pour en représenter une description
Pourtant, je me prends à hasarder une image de ce que je vois
Volkk a la morphologie dun ogre à la peau squameuse et brunâtre, comme le derme visqueux dune sangsue géante. Son torse soutient des membres ballants à la musculature impressionnante qui se terminent par des mains aux griffes longues et pénétrantes
Je ne me posais plus de questions quant à savoir de quelle manière étaient morts sir Baker et Stewart Blake. Javais devant moi les armes du crime
Mais le plus écurant chez ce dieu stellaire, cest ce faciès indicible qui me scrute sournoisement. Ces crocs avides de ma chair, ces orbites simiesques où brille le feu du chaos. Jessaie de me détourner de cette vision de cauchemar alors que Volkk sapproche de mon autel. A chacun de ses pas, le sol tremble. Il est à moins de cinq mètres de moi lorsque sans raison, il simmobilise, reniflant lair tel un mufle mécontent. Je le sens contrarié dune fureur noire alors quil me regarde en bavant denvie carnassière. Que se passait-il ? Quelque chose semblait lempêcher de me lacérer de part en part, comme si une barrière invisible se dressait entre ce monstre antédiluvien et ma maigre personne. Je nai pas le temps de me poser dautre question quune ombre silencieuse et titubante sintercale entre nous deux.
─ Bonté divine ! Professeur Hattameyer ! fuyez ! je crie en reconnaissant la mine fluette du vieil homme.
─ Ne vous inquiétez pas, Lieutenant ! beugle le professeur. La Pierre de Lune nous protège !
─ Lamulette ! Javais complètement oublié cet étrange pendentif que mavait offert le professeur et dont ce dernier devait avoir la pareille autour du cou.
─ Il est temps de renvoyer ce monstre dans ses pénates ! lâche le vieil homme en exhibant un grimoire comme un exorciste montrerait La sainte Bible au démon. Je reconnais sans peine le « De Verbooten Wissens » qui patiente dans les mains ridées du parapsychologue.
Il ouvre une page de ce recueil aux sombres secrets et débute la lecture dun passage en langue latine.
Aux sonorités de cette litanie de révocation, Volkk commence à reculer pesamment, bousculant le cercle de pierre en balançant ses griffes dans latmosphère. Une plainte horrible est poussée par la divinité alors quelle commence à se dissoudre dans un remous hallucinant, laissant souvrir une porte dimensionnelle dans le plafond où Volkk est contraint de sengouffrer pour quitter notre monde.
Quelques secondes plus tard, Brooks vient me libérer de mes liens.
─ Nous avons pris le dessus sur ces fous, Lieutenant, mavertit le capitaine en me tendant mon arme.
─ Dieu soit loué, vous mavez retrouvé
Je grommelle en me lustrant les poignets pour réactiver la circulation de mon sang.
─ Le chauffeur de taxi ma apporté votre mot
Nous avons encerclé la chapelle. Il nous a fallu du temps pour découvrir la cache derrière le mausolée
Je jette un coup dil et aperçois nos agents qui tiennent en joue une dizaine de sbires encapuchonnés, dont Raak, qui me fustige dune haine sans nom.
─ Et Mily ? Où es-t-elle ? Je demande avec fureur.
Le capitaine me regarde sans comprendre.
─ Mily ? Mais que vient-elle faire là-dedans ? beugle mon supérieur.
─ Cest elle linvestigatrice de ce culte, John ! Elle est la descendante des Whateley !
─ Comment ?
─ Cest exact, crie une voix féminine derrière notre dos. Et vous allez laisser menfuir si vous ne voulez pas que jégorge ce vieux sénile, ajoute la sirupeuse Milidence Whateley
Nous nous retournons. Elle tient un poignard sous le menton du professeur Hattameyer, lequel a lâché son grimoire sur le sol poussiéreux.
─ Ne lécoutez pas
Barlow. Tuez la ! Ma vie importe peu, déglutit difficilement le vieil homme.
─ Silence, vieux fou, tempestes Mily plus colérique quune furie alors quelle bride davantage la lame tranchante sous la gorge du professeur. Lâchez vos armes ! Et vite !
Brooks grommelle un juron et pose son python sur lautel. Je fais linverse, braque mon arme sur Mily et relève le chien de mon Luger.
─ Lâche le immédiatement ! Je nhésiterais pas à te tuer froidement, Mily
Elle me considère un instant dun air dubitatif. Puis linstant daprès, éclate dun rire tonitruant.
─ Pauvre idiot ! Tu noserais jamais
Tu es fou de moi, Laurie
Tu ne le sais pas ? Tu es f
Elle ne termine pas sa phrase car jai appuyé sur la gâchette, lui logeant une balle en plein front.
Comme dans une scène suspendue, elle me regarde, les yeux exorbités, un filet de sang coulant de ses lèvres flamboyantes. Puis ses mains lâchent le poignard et elle seffondre sur le sol comme un paquet de chiffon, son corps reposant à quelques centimètres du gobelet renversé où se mêlera pour la dernière lunion de notre sang.
***
Je finis de vider mes tiroirs dans un petit carton lorsque Brooks frappe à la porte de mon bureau. Il est accompagné de Nathan Hattameyer qui déambule sa petite masse vers un fauteuil. Le capitaine saccoude sur le flanc de mon bureau, les bras croisés.
─ Vous êtes sur de vouloir nous quitter, Barlow ? aboie Brooks. On a besoin de vous ici. Vous êtes un bon flic, Lieutenant.
Je ne prends pas la peine de regarder mes visiteurs pour répondre.
─ Arkham et ses secrets
Cest fini pour moi, Cap. Mon train pour Boston part dans une vingtaine de minutes. Mon taxi patiente en bas
Je quitte à jamais cette région maudite
Je sens le regard scrutateur du professeur Hattameyer percer dans mon dos.
─ Il y a bien des conflits qui demandent la fougue de votre caractère, jeune homme. Restez nous soutenir dans notre combat. Rejoignez-nous
Je me retourne et fait face aux deux hommes. Leur élan damitié me touchait mais cétait au dessus de mes forces que de rester à Arkham. Trop de souvenirs hanteraient mon esprit. Et la révélation du dieu Volkk et de ses abominables adorateurs me suffisait amplement. Javais envie de retrouver une existence calme et simple. Boston moffrait tout cela.
─ Je suis désolé, messieurs. Cest impossible
Ils me regardent dun air peiné.
─ Et comment va Filmore, au fait ? demandais-je espérant couper court à toute discussion prétextant mon départ.
─ Il sen remettra
Il est encore à lhôpital pour un petit bout de temps. De toute façon lhôtel de ville est toujours en travaux.
─ Bien
Je vous retrouverai donc pour le procès, alors ?
Hattameyer acquiesce et prend la parole.
─ Jai été honoré faire votre connaissance, jeune homme. Si vous passez par Crowningshield, venez donc me rendre une visite au manoir. Jen serais ravi
─ Je ny manquerais pas, professeur, promis-je avec sincérité.
Le vieil homme prend congé et nous le regardons filer avec amusement au rythme de sa petite canne.
─ Un personnage attachant, nest-ce pas ? plaisante Brooks en me serrant la main dune franche poignet. Vous allez nous manquer, Barlow. Prenez soin de vous mon petit, ajoute-t-il derechef.
─ Merci pour tout Capitaine. Je vous dois la vie
Je ne loublierais pas.
Je quitte le commissariat quelques minutes plus tard, mon carton sous le bras. Sur le perron où attend mon taxi Arkham me souhaite un ultime salut. Il se concrétise par un rayon de soleil qui perce les gris nuage. Il me semble même apercevoir un arc-en-ciel à lhorizon
FIN