LE VER ET LETOILE
Cétait une soirée de décembre. Dans le monde entier, des fêtes battaient leur plein. Là, une rue, un homme.
Il portait un long manteau qui descendait jusquà ses pieds. Un chapeau cachait ses longs cheveux noirs en catogan. Sombrement, il attendait. Des cris de joie se faisaient entendre au loin. Big Ben sonna moins le quart. La rue était sombre, seul la pâle douceur dun lampadaire raffermissait les ombres. La ville était presque silencieuse. Un petit chat noir traversa le trottoir accompagnant la venue dun vent frais.
Lhomme frissonna. Un semblant dodeur de poulet grillé lui fit plisser le nez. Il attendait.
Il mit la main dans sa poche et en ressortit un cigare marron. Il glissa lobjet entre ses dents soignées et blanches, seul signe de contraste avec le noir de ses habits et de sa peau.
Dune autre poche, un briquet tempête fut amené devant le cigare. Il y eut un cliquettement et une flamme bleutée accompagnées dun souffle apparu. Le cigare grésilla.
Cest à ce moment que la première étoile descendit. Tombant lentement du ciel, elle sassit sur le bout rougeoyant du cigare, l éteignant. Surpris, lhomme rangea son cigare et son briquet et leva la tête. Des gouttes deau cristallisées tombant du ciel.
La lèvre de lhomme se haussa : il souriait.
Dun geste lent, il enleva son chapeau et le jeta. Le même sort fut réservé à sa perruque, laissant sa calvitie face à la fraîcheur de la neige. Dans son sourire, ses dents se découvrirent. Il se mit à rire, doucement dabord puis plus fort. Son énorme voie résonnait dans les immeubles. Des petits points glacés fondaient sur son crane. Du rire, il passa au ricanement, puis revint au rire.
Il étendit la langue. Laissant la fraîcheur de la nuit engourdir ses sens et ses souvenirs. Il ny pensait plus, un pur bonheur.
Il enleva son manteau et le jeta dans le caniveau, dévoilant sur son cur un parabellum 9mm. Toujours en riant, il sen saisit et le jeta en lair. Ses cotes lui faisaient mal mais il ne sen souciait pas : il oubliait. Il glissa sur le trottoir, enleva son pull et son tee-short qui rejoignit les autres habits.
Bientôt, il était nu, courant dans la neige. Mangeant cette douceur glacée, dansant.
Dans un manteau noir, les étoiles se confondaient avec la neige. Dans un silence apaisant, les légères se posaient et lentement, fondaient. Lui nentendait que ses cris et ses rires. Nu comme un vers, jouant avec un flingue, il hurlait. Sa forte musculature mouillée par les efforts de leau. Noir et blanc, il ny avait que cela.
Il sallongeait sur le sol, roulant, nageant. Ses yeux noisette montraient sa joie. Il escalada le lampadaire et redescendit en exécutant une superbe saut périlleux.
Big Ben sanima, dans douze coups, une nouvelle année arriverait.
Lui, riant, accompagnant les Dong avec des coups de feu. Au douzième, il dirigea son arme vers sa tête. Et dans un rire aigu, le hurlement grave du flingue accompagna la nouvelle année.
Lhomme sétendis sur la neige, noir sur blanc ; Les douceurs glacées tombaient sur le cadavre, blanc sur noir.