Parmi eux
- « Où suis je ? » - pensai-je, le visage ruisselant en longeant cet interminable couloir.
Mes pieds nus et trempés foulaient un parquet impeccablement lustré et vernissé. Sur les murs étaient accrochés des tableaux de Cézanne, Renoir et Millet. Le plafond était orné de splendides moulures admirablement travaillées et illuminées par des dizaines de lustres en argent.
Je navais pas la moindre idée de lendroit où je me trouvais et puis surtout je ne me sentais pas bien. Mes oreilles me faisaient souffrir comme si des centaines dabeilles butinaient à lintérieur. Et javais chaud. Atrocement chaud.
Je continuais de marcher, ne pouvant mempêcher de jeter des regards hallucinés aux peintures magnifiques et aux luminaires.
Après quelques minutes, je stoppai net : quelquun au loin venait dans ma direction.
Méfiant, je repris néanmoins la marche. Petit à petit, lallure de ce quelquun commençait à prendre forme. Il sagissait dune femme petite et aux cheveux longs et noirs. Je distinguais quelque chose autour de son cou qui traînait sur le sol. Alors que nous nous approchions lun de lautre, je pus clairement la voir.
- « Bonjour monsieur » - me dit elle poliment en posant sur moi un regard vide.
Et elle continua son chemin sans sarrêter.
Je restais pétrifié. Pas seulement par ses yeux vitreux et son teint violet mais aussi par ce quelle portait comme un collier morbide : une corde.
Je restais figé ainsi pendant plusieurs minutes avant de reprendre mon trajet - « Où suis je ? » - répétai-je angoissé et le corps brûlant.
Les tableaux avaient laissé la place à de splendides et immenses sculptures encastrées à même le mur. Je reconnus sans peine dillustres merveilles comme La Danaïde de Rodin ou encore La Petite Châtelaine de son élève et sa muse Camille Claudel. Quel était cet endroit luxueux où la beauté surgissait de partout ?
Enfin, le couloir obliqua à droite et déboucha
sur un autre couloir. Javais beau pester, je navais pas dautres choix que de poursuivre, ce que je fis en essuyant les énormes gouttes de sueur qui perlaient et me dévoraient le front comme un acide.
Un sentiment de panique menvahit soudainement. Je réalisai avec effroi que tous mes souvenirs, tout ce qui faisait ma vie sétaient évaporés ! Ma famille, mon adresse, mes amis. Jusquà mon propre nom ! Javais tout oublié
.sauf How deep is your love, un des tubes des Bee Gees. Jignorais pourquoi javais subitement cet air en mémoire. Mais la chanson me plaisait et sans même men rendre compte, je la fredonnais.
(I know your eyes in the morning sun)
(I feel you touch me in the pouring rain)
Jétais perdu dans mes pensées lorsque des hurlements me glacèrent le sang. A quelques mètres de moi, un homme traîné par deux autres poussait des cris stridents mobligeant à menfoncer les doigts au fond de mes oreilles déjà douloureuses
- Non, je vous en supplie, hurlait il lécume aux lèvres et le visage plein de larmes et de morve, laissez moi rester. Je suis coupable, laissez moi rester par pitié
Les deux hommes ne semblaient prêter aucune attention à ses jérémiades et continuaient de le traîner avec force et autorité. Je me débouchai les tympans. Après quelques secondes, tous trois passèrent devant moi quand lun des « videurs » tourna sa figure livide et squelettique dans ma direction :
- Ne te laisse pas abuser, me dit il dune voix blanche en me désignant du menton le malheureux qui gémissait à ses pieds, cest un imposteur
Puis il me lança :
- Tu ferais mieux de te dépêcher daller tinscrire.
Enfin, dun hochement de tête lhomme fit signe à son acolyte et tous deux reprirent leur route agrippant par le col le type qui continuait de pleurer en secouant rageusement la tête.
Avec un mélange de peur et de surprise, je les regardais séloigner.
Je sentis quelque chose dépais et de tiède au bout de mes doigts. Du sang. Le liquide navait pas complètement séché. Je frottais avec précaution lintérieur de mes oreilles et fit ressortir quelques croûtes brunâtres et effritées.
Soudain jeus un violent flash et malgré sa fulgurance je pus distinguer une image : cétait une immense vitre en verre teintée.
Etais je en train de perdre la tête ? Pire encore. Est-ce que jétais
déjà mort ?
Avec cette chaleur carnivore qui me rongeait le corps et mes tympans qui me vrillaient le crane, je narrivais plus à réfléchir.
Je sentais peu à peu une peur reptilienne me nouer le ventre.
Malgré cela je marchais ainsi pendant encore longtemps ne pouvant mempêcher de chanter
(And it's me you need to show)
(How deep is your love)
cet air qui ne me lâchait plus.
Après une heure interminable je poussai un soupir de soulagement. A une centaine de mètres devant moi, se trouvait une porte. Mais juste avant la porte, en plein milieu, je vis une sublime fontaine baroque. Leau sy écoulait dans une vasque circulaire en pierre. Quatre dauphins et leurs nageoires dressées sur un lit de vague soutenaient lobélisque. Je courus vers de la fontaine et, sans réfléchir, je plongeais la tête dans cette eau fraîche et libératrice. Jallais pouvoir enfin me rafraîchir et surtout me laver de ce sang sur mes mains et mes oreilles. Leau avait un goût délicieux comme extraite dune source inconnue et magique. En frottant mes mains, je remarquai des marques au niveau de mes poignets.
Je posai délicatement mes doigts dessus et je fus à nouveau secoué par une vision. Je revis fugacement cette immense vitrine devant moi et
.des visages. Sombres et sévères ils me fixaient intensément avec un mélange de mépris et de compassion. « Quest-ce qui mest arrivé ? » pensai je de plus en plus inquiet. Puis je reposai mon regard sur mes poignets. En pensant au sang coagulé trouvé dans mes oreilles, une pensée effrayante me traversa lesprit.
Est-ce que javais été kidnappé puis ligoté et torturé ? Et si oui, pourquoi et pour quel motif ?
Peut être que la porte qui se trouvait en face de moi allait enfin répondre à toutes ces questions.
Dun pas volontaire je me dirigeais vers cette porte. Là aussi, il ne sagissait pas dune vulgaire porte. Prodigieusement sculptée dans le marbre, cétait la réplique exacte dans un modèle plus réduit de cette monumentale porte inspirée par La Divine Comédie de Dante. Cétait un vrai travail dorfèvre.
Dune main légèrement tremblante, je frappais. La porte souvrit presque instantanément et un homme en tenue de majordome et à la figure spectrale maccueillit :
- Ah, nous nattendions plus que vous, dit il dun ton jovial. Vous avez traîné en route on dirait ?
Sans attendre ma réponse, il me fit entrer et me conduisit dans ce qui semblait être la réception. Il y avait deux immenses canapés en daim et quelques chaises dun bois précieux et aux dossiers recouverts de velours. Sur les murs, encore des tableaux plus beaux les uns que les autres.
Le réceptionniste ouvrit un grand cahier en cuir noir et le feuilleta. De son long doigt effilé comme un poignard il se mit à chercher dans une liste
Voilà
Monsieur Parker donc. Vous avez neuf points. Vous irez alors
.(Il se tourna alors vers un gigantesque tableau qui se trouvait derrière lui)
à la porte dargent. Félicitations.
Ainsi, je mappelais Parker. Ce nom ne mévoquait rien.
De son index pointé vers la droite, lhomme mindiqua la direction à suivre. Avant de partir, je ne pus mempêcher de regarder ce tableau géant. Il y avait une liste impressionnante de noms classés dans trois différentes colonnes titrées de la façon suivante : porte de bronze, porte dargent, porte dor.
Il devait y avoir des milliers de noms écrits en minuscule. Bien quil fut quasiment impossible de les lire, je pus en reconnaître un. Inscrit en haut de la liste dans la colonne « porte dor » je lus : Adolf Hitler.
Loin davoir les réponses aux questions qui me transperçaient de toutes parts, mon esprit sembourbait comme pris dans une toile daraignée collante et inextricable.
Leau de la fontaine navait été daucun secours. Une extrême chaleur continuait de me brûler les entrailles. Sans oublier cette foutue chanson qui sortait délibérément de ma bouche envoûtée.
(I know your eyes in the morning sun)
(I feel you touch me in the pouring rain)
Est-ce que tout ceci avait un sens ?
Je longeais un petit corridor et arrivais devant une porte au couleur argentée. Sur le coté, il y avait un interphone de même couleur. De lautre coté, je pouvais entendre des bruits mélangés. Des voix humaines, des rires et de la musique. Je sonnais. Personne ne répondit. Mon cur battait à tout rompre, prêt à sortir de ma poitrine. Mon corps tout entier, tel un volcan en fusion, était ravagé par des flammes incandescentes.
Jappuyais plus longuement.
Un son métallique se fit entendre et la porte souvrit toute seule.
Jentrais et ce que je vis me coupa littéralement le souffle.
Jarrivais dans une vaste pièce qui brillait de mille feux. Le sol et les murs étaient recouverts de tapis de soie persans ou iraniens qui brillaient comme pailletés de milliers détoiles. Des immenses bougeoirs et des encensoirs en or étaient visibles un peu partout. A ma droite, des vases de jade étaient posés sur des meubles somptueux renfermant une extraordinaire collection de porcelaines chinoises et de faïences turques. A ma gauche des armures enrichies de pierres précieuses, des chandeliers en or et rehaussés de diamants. Un peu plus loin, je vis une couverture en perles et un carquois enrichi de rubis et de saphir. Au fond de la pièce une splendide vitrine où étaient exposées de belles armes Séfévides (boucliers, cottes de mailles, épées, armures, sabres, etc.) étincelait.
Au centre, il y avait une table sans fin drapée dune nappe blanche immaculée aux jolies dentelures. Le buffet était, lui aussi, un émerveillement pour les yeux : cromesquis de foie gras, fines gelées de caviar, cuisses de grenouilles à la crème dail, magrets de canard au vinaigre de framboise, salades de poissons marinés au vin blanc
.Le nombre de desserts, pâtisseries et autres sorbets était ahurissant. Et naturellement, pour couronner cet incroyable festin, les meilleurs vins coulaient à flots et remplissaient allègrement les verres et les flûtes en cristal.
La pièce était bondée de personnes qui discutaient entre elles où écoutaient de la musique (je reconnus les fameux Impromptus de Franz Schubert), ne faisant aucunement attention à ma soudaine présence. Certaines étaient vêtues de costumes dépoque alors que dautres portaient les célèbres jeans contemporains. Je voyais des hommes à perruque, le visage maquillé et poudré, trinquer avec dautres qui arboraient des bandanas ou des casquettes, leur paire de basket dernier cri rivalisant avec les souliers de ces aristocrates. Quelques femmes aux toilettes raffinées et dun autre temps discutaient de leurs cotés avec dautres aux allures plus vulgaires.
Javais limpression dêtre linvité dune soirée costumée morbide. Le corps en sueur et les veines cognant violemment contre mes tempes je dévisageais tous ces gens. Comme la femme pendue, les trois hommes et le réceptionniste que javais rencontré plus tôt, ils avaient des visages au teint de cire et un regard éteint, comme dépourvu dexistence.
Des fantômes, soufflai-je. Ce sont tous des fantômes
Tout à coup, un homme élégamment vêtu dun costume, coiffé dun chapeau melon et portant une épaisse barbe brune se dirigea vers moi, la main tendue :
- Enfin, vous voilà Monsieur Parker ! Désolé, je ne vous avais pas vu arriver.
Essayant tant bien que mal de cacher ma frayeur, je serrais la main de lhomme : elle était aussi froide que celle dun cadavre.
Lhomme continua :
- Vous pardonnerez, jespère, mon pitoyable accent anglais. Jai pourtant eu le temps de prendre des leçons mais que voulez-vous, je reste français malgré tout.
Javalais péniblement ma salive et, pour la première fois, je me risquais à parler :
- Excusez-moi mais
.qui etes vous ?
Alors lhomme à la sombre barbe pencha la tête en arrière en éclatant dun petit rire nerveux.
Ce que je vis alors me terrifia. Plusieurs dizaines de points de sutures boursouflés et sanguinolents faisaient le tour de son cou. « Cet homme vient dêtre décapité » - me dis je contrôlant avec peine mes tremblements.
- Où ai-je la tête mon cher monsieur, je vous le demande ? Je me présente, Henri Désiré Landru.
Avant dajouter dun ton sardonique :
- Et au cas où vous lignoreriez jai quand même dix points.
Il me prit délicatement, le bras.
- Je vais vous présenter à quelques célébrités, dit il en mentraînant avec lui.
Lhomme me fit rencontrer une multitude de personnes enthousiastes et ravis de me rencontrer.
En plus de leur pâleur cadavérique, certains avaient le front ou la tempe perforés par ce qui semblait être des impacts de balles.
Tout en me les présentant, Landru me communiquait systématiquement leur nombre de points. Un homme en tenue de chirurgien disant se nommer Marcel Petiot me serra chaleureusement contre lui.
- Ne vous faites jamais soigner par lui, lança Landru à lencontre du médecin tous deux hilares.
Un couple insista pour me prendre en photo.
- Raymond Fernandez et Martha Beck me renseigna Landru. Les fameux tueurs de la lune de miel.
La femme membrassa et lhomme me tapa amicalement dans le dos.
Comment ces inconnus pouvaient ils me connaître ?
La chaleur à lintérieur de mon corps semblait avoir augmenté de plusieurs degrés. La pièce commençait à tourner devant moi comme prise dans un manège infernal. Javais la gorge sèche et un goût amer me montait aux lèvres. Ignorant mon malaise, Landru mentraînait avec lui et continuait ses présentations macabres. Il pointa son doigt en direction dun homme qui était allongé sur un large sofa. Indifférent à lambiance festive, lhomme fermait les yeux.
Quelque chose me frappa : plusieurs oranges étaient placées près de sa tête.
Nous passâmes devant lui et Landru me souffla à loreille :
- Richard Chase, le « vampire de Sacramento ». Six points. Il sendort toujours avec des oranges autour de sa tête parce quil dit « que les vitamines C filtrent jusquà son cerveau ». De plus, il sinjecte du sang de lapin dans les veines, persuadé que le sien est empoisonné. Evitez de le fréquenter, il est fou à lier.
Ce sentiment de nausée augmentait. Javais de plus en plus de mal à avancer et je transpirais abondamment. Quest ce que je faisais ici parmi ces morts ?
Perdu dans mes réflexions, je buttai contre quelque chose et tombai par terre. Landru maida à me relever. Je me retournai et vis avec horreur ce qui me fit trébucher : un jeune homme accroupi et collé contre le mur dévorait un bras humain !
Trop occupé à ronger ce membre ensanglanté, il ne leva même pas la tête.
Mais je lavais déjà reconnu. Il sappelait Jeffrey Dahmer surnommé « le cannibale de Milwaukee ». Il était probablement le serial killer le plus médiatisé de lhistoire du crime américain. Javais lu quil droguait ses victimes et une fois endormis, il les tuait, les mutilait et prenait de nombreuses photos. Jeffrey violait les cadavres et en dévorait des parties. Lorsquil fut arrêté en 1991, on trouva dans son frigo et ses placards des têtes, parties génitales et dautres membres de ses victimes.
Les yeux et le cur révulsés, je mis ma main devant la bouche pour éviter de hurler. En voyant Dahmer se délecter de cette chaire humaine, Landru lui lança un regard dédaigneux.
- Si ce nest pas malheureux. Avec ce buffet divin quon nous a préparé ce soir.
Je fis volte face et jetai un regard incendiaire à lhomme au chapeau melon
- Où est ce que je suis, bon sang ? demandai-je furieux et terrorisé. Qui sont tous ces déments ?
Landru haussa les sourcils, visiblement étonné de ma colère soudaine.
- Allons, mon bon ami dit il dun ton rassurant, ne vous fâchez pas. Détendez-vous, vous etes en famille.
Et sapprochant de moi comme pour me faire une confidence, il murmura :
- Jai même cru comprendre que vous aviez déjà des fans !
- De quoi parlez-vous ? Je ne les connais même pas !
Landru se mit à ricaner.
- Ce sont tous des amis et dimmondes assassins. Tout comme vous.
Je mécartais de lhomme comme si je craignais dêtre contaminé, épouvanté parce que je venais dentendre.
- Quest ce
.Quest ce que vous racontez ?
Landru toussota comme pour séclaircir la voix avant de clamer dun ton lugubre comme sil lisait un article dans un journal de faits divers :
- Anthony Parker dit « lempailleur ». Accusé du meurtre de 9 personnes entre 1996 et 2001.
On trouva dans son appartement de Long Island, les neuf corps entièrement vidés de leur sang et rembourrés avec de la paille. Leurs yeux avaient été arrachés et échangés avec des billes de verres. Collectionneur macabre, Parker fut condamné et exécuté le 17 avril 2002.
Il arrêta son récit et me dit en souriant largement.
- Vous etes aussi une célébrité Monsieur Parker. Bientôt, on écrira des livres sur vous, on fera des films.
- Cest impossible, hurlai-je. Je ne suis pas un meurtrier
.Je ne
Un silence brutal tomba comme un couperet. Lassistance avant cessé de parler et de son regard vide, elle me dévisageait. Dans ce silence de mort, seule la musique de Schubert continuait de distiller ses notes enchanteresses. Après quelques secondes, les convives reprirent le cours de leurs conversations.
Lair grave et les sourcils froncés, Landru me fixait avec insistance. Puis retrouvant son sourire moqueur, il me demanda :
- Vous allez la garder longtemps cette couronne sur votre tête ?
Je posai ma main sur le sommet de mon crane et mes doigts en sueur sentirent un métal encore chaud. A ma grande stupeur, je constatai quil ne me restait plus quune fine pellicule de cheveux. Délicatement, je retirai lobjet encastré sur ma tête. Cela ressemblait à un casque en aluminium. Il y avait plusieurs électrodes incrustées dessus comme des joyaux. Je regardais cet objet, plein de dégoût, dhorreur et de fascination.
- Vous avez été admirable lors de votre exécution, monsieur Parker, fit Landru les yeux pétillants de malice et dadmiration. Là où beaucoup dautres avant vous ont été pris de convulsions et grimaçaient dune manière ridicule ne pouvant sempêcher duriner ou de se déféquer dessus ; vous, vous avez fait preuve dune formidable audace.
Puis en me serrant la main chaleureusement, il ajouta :
- Sans parler de la délicieuse insolence dont vous avez fait preuve alors que votre corps sembrasait sous les secousses électriques.
- De quoi parlez-vous ?
Le sourire de Landru sélargit :
- De votre chanson, mon ami. Celle que vous chantiez pendant votre exécution. Celle qui a fait de vous une légende.
Les doigts tremblants, jeffleurai longuement cet instrument de mort.
Cest alors que le souvenir de cette journée ressurgit.
Jétais assis sur cette chaise.
Un homme attachait solidement mes poignets et mes chevilles alors quun autre appliquait une éponge mouillée sur ma tête. Javais refusé le masque de cuir pourtant obligatoire. Devant moi, je voyais une vitre teintée devinant les visages de ceux qui allaient assister au spectacle.
Je ne voulais pas faire comme Jesse Tofero, qui, lors de son exécution avait vomi des flammes et de la fumée. Non, jallais rester maître de mes douleurs et impassible. Mieux que ça . Jétais décidé à leur donner un show à ces pourris ; un vrai show à laméricaine. Alors que des milliers de volts allaient me transpercer le corps, je métais mis à chanter ma chanson favorite.
Aah...
I know your eyes in the morning sun
I feel you touch me in the pouring rain.
And the moment that you wander far from me,
I wanna feel you in my arms again
Le corps et le sang en ébullition et le cerveau en train de cuire, javais continué.
is your love,
how deep is your love,
I really need to learn,
'cause we're living in a world of fools
breaking us down,
when they all should let us be.
We belong to you and me.
Tout me revenait désormais. Toute ma foutue vie. Mon adolescence et mes premières expériences sexuelles. Cette adoration pour les grands assassins dont je lisais et relisais les biographies. Et enfin lenvie de marquer le monde de mon empreinte.
Je me rappelais de tous ces gens. Ces familles que javais exécuté et empaillé avant de les exposer chez moi comme des uvres dart. Je me souvenais de mon arrestation en plein milieu de la nuit et de cette excitation que javais ressenti aux crépitements des flashs des photographes. Le procès, la sentence et enfin mon exécution.
Et naturellement la voix magique de Barry Gibb.
Je poussais un profond soupir de soulagement. Jétais enfin libéré. Et heureux. Heureux dêtre ce que je suis.
Je regardais Landru qui me souriait et je lui rendis son sourire.
- Vous aurez encore chaud pendant quelques mois puis les effets de votre électrocution sestomperont, me dit il.
Je le remerciais chaleureusement.
- Il marrive encore de ressentir quelques fourmillements à cet endroit, ajouta t-il en levant la tête.
Quelques rigoles de sang coulaient le long de son cou, tachant son col de chemise blanc.
- Je dois vous laisser mon ami, me fit il en inclinant la tête. Je dois partir à la recherche de ma dulcinée. Une femme avec une corde pendue à son cou est facilement identifiable, non ?
Il sinclina et partit se mélanger à la foule.
Je me tournais vers mes nouveaux amis qui avaient reprit leur discussion, un verre de champagne à la main en dégustant des toasts. Leur expression fantomatique ne me faisait plus peur. Je les trouvais beaux avec leurs yeux ternes et leurs figures blafardes de morts-vivants.
Je me trouvais là dans ce vaste salon luxueux parmi des violeurs, des criminels de guerre, des psychopathes et des assassins de la pire espèce.
Et je my sentais bien.
david widjet (http://www.ecrivez.fr.st)