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Animal de compagnie



Dans un pavillon quelconque d’une ville quelconque se trouvait un garçon tout à fait tout à fait hors du commun. À 6 ans, un garçon habituel aurait demandé à sa mère les dernières cartes Pokémon ou Yu-Gi-Oh, ou encore une console de jeux. Mais lui disait :
                 «  Maman, je veux un animal de compagnie !
-    Mais voyons, chéri, nous avons déjà un aquarium rempli de poissons rouges et une niche avec notre chien Médor, c’est déjà beaucoup !
-    Oui mais moi je veux un dragon !
-    Oh ! »
                 La maman, qui était une femme au foyer de trente-cinq ans totalement dépourvue d’imagination, crût tout de suite que son fils était fou. Croire aux dragons signifiait pour elle qu’on en avait vu et que son petit Victor chéri était donc victime d’hallucinations. Elle pensa à appeler l’asile psychiatrique mais, en y réfléchissant à deux fois, elle trouva préférable de soigner elle-même la maladie de Victor car les conditions d’internement risquaient d’être mauvaises pour son « petit-canard-en-sucre-qu’elle-chérissait-plus-que-tout ». Elle dit donc :
                 « - Mais où as-tu donc vu un dragon ?
-    J’en ai vu la nuit dernière. Il y avait tout un troupeau qui volait dans le ciel, six mâles et quatre femelles je pense.
-    Mais tu ne dormais pas cette nuit ? demanda la mère d’une voix qui montrait sa consternation.
-    Si, mais je les ai vus quand même, répondit Victor fièrement.
-    Je ne comprends pas, explique-moi mon chéri, dit la mère d’une voix qui montrait sa peur. »
      Victor se mit à rire, d’un rire d’enfant qui ferait craquer n’importe quelle mère, exceptée une mère proche de l’évanouissement qui croit que son fils est fou.
     « - Pourquoi ris-tu, mon ange ?
- Parce que tu n’as pas compris que je les avais vus dans mes rêves, répondit joyeusement Victor. »
                 Un poids énorme s’ôta du cerveau, certes petit mais un cerveau tout de même, de la mère de Victor. Elle comprenait à présent : son fils rêvait. Elle avait souvent entendu parler des rêves que faisaient les autres, même si elle n’avait pas assez d’imagination pour rêver. Les rêves étaient son bouc émissaire et dès qu’elle ne parvenait pas à expliquer quelque chose, elle se disait que c’était un rêve qui en était la cause. Elle réfléchit à ce qu’elle devait maintenant dire à son fils : « Il est idiot de penser que les dragons existent, Victor » ou bien « Et bien tu n’as qu’à inviter un des dragons à la maison, si tu les revois », ou encore « Ecoute mon chéri les dragons existent dans les rêves mais pas dans la réalité ». Comme elle, je l’ai dit tout à l’heure, ne brillait pas pour son intelligence, elle décida de choisir au hasard entre les trois possibilités. Et elle tomba sur la deuxième. Elle dit donc consciencieusement à son fils :
                 « Et bien tu n’as qu’à inviter un des dragons à la maison, si tu les revois.
-    Oui maman, répondit Victor. J’essaierai d’aller les voir cette nuit, après mon rendez-vous avec la fée Merlinette et avant mon combat avec la horde de loups-garous de la Grande Forêt Obscure, ou GFO pour les initiés.
—    Bon d’accord mais surtout s’il n’accepte pas n’insiste pas.
—   Oh mais Gragoron m’en a parlé il aimerait bien visiter notre monde et il ne manquait que ton accord. »
                 La mère sentit qu’elle n’avait pas choisi la bonne réponse et qu’elle s’était engagée dans un sacré pétrin. Il allait maintenant falloir qu’elle explique à son fils que les créatures de ses rêves ne pouvaient pas sortir de sa tête. Mais elle craignait de casser les rêves d’enfant de son fils trop tôt. Elle ne lui dit donc que :
    « Tu pourras lui dire que j’ai donné mon accord.
Oh maman, t’es trop gentille ! »
Et Victor sauta dans les bras de sa mère.

***

    Le lendemain, Monsieur Duchemin, le père de Victor, buvait son café avec son journal. Il venait de passer, en tant qu’archéologue, une semaine à Rome en conférence sur les vestiges d’une civilisation disparue et encore inconnue qui avaient été retrouvés à proximité de la capitale. Il profitait donc maintenant de sa femme et de son fils, mais surtout de son fils car il s’était peu à peu, depuis son mariage, aperçu que sa femme ne valait pas ce qu’il pensait d’elle. Ses boucles brunes et sa poitrine l’avaient charmé dès qu’il l’avait vu, mais s’il avait su le nombre de neurones qui étaient cachées derrière ce beau visage, il aurait tout de suite renoncé à son amour. Mais Monsieur Duchemin s’était fait à sa femme et avait compensé sa bêtise par de nombreuses maîtresses un peu partout dans le monde. Lorsqu’il était invité à une conférence, il essayait de prolonger son séjour afin de rendre visite à une de ses connaissances.
    Mais Monsieur Duchemin était tout de même heureux de voir son fils. C’était la plus belle réalisation de sa vie : un enfant beau, intelligent, prenant goût à la vie… Tout le contraire de sa mère en somme. C’est donc avec fierté qu’il observa Victor arriver à la table du petit-déjeuner. Mais il ne laissa rien paraître car de trop nombreux compliments risquaient de gâcher le caractère de l’enfant. Il se plongea dans son journal en souriant. Il ne remarqua pas la tristesse de Victor.
    Celui-ci, en effet, était sur le point d’éclater en sanglots : durant toute la nuit, il avait erré à travers de dizaines de rêves, sans réussir à retrouver Gragoron. Il était terriblement déçu mais il ne dit rien car il voulait que lorsqu’il ramènerait le dragon à la maison, cela soit une surprise pour son père. Or celui-ci était présent.
    Puis Monsieur Duchemin retourna à ses travaux, sa femme à sa vie de femme au foyer idiote et Victor à l’école. mais tout cela n’étaient que prétextes : Monsieur Duchemin passa en réalité toute la journée à contempler une photo d’Isabelle, une de ses maîtresses, et à se souvenir de la nuit qu’il avait passé avec elle à Rome, sa femme à songer à la folie qui gagnait son pauvre fils ainsi qu’à hésiter à l’envoyer à l’asile et enfin Victor pensa à Gragoron qui avait du se sentir bien seul dans ce rêve qu’il n’avait pas su rejoindre.
    Puis tout le monde se retrouva pour le dîner avec les conclusions suivantes en tête : lors d’un prochain événement archéologique programmé à Milan, la nuit de Rome se reproduirait, ce n’était pas la peine d’envoyer Victor à l’asile pour l’instant, Gragoron surgirait certainement cette nuit dans un rêve. Ces conclusions étant positives, tout le monde fut enjoué à table.
    Puis ils allèrent tous se coucher : Monsieur Duchemin trouva un énième prétexte pour ne pas coucher avec sa femme et leur fils s’endormit , sûr de retrouver de nombreux dragons dans ses rêves.
    Le lendemain, le petit-déjeuner fut semblable. Sauf que quelque chose attira l’œil du père de famille dans le journal :

Incendie suspect
C’est cette nuit que six personnes ont trouvé la mort à leur domicile rue Colbert, suite à un incendie d’origine suspecte. Les témoignages sont tout aussi nombreux qu’incohérents . Certains affirment avoir vu la main de Dieu sortir du ciel et projeter une colonne de flammes. D’autres disent qu’un OVNI aurait utilisé une arme extraterrestre pour anéantir les habitations. D’autres encore sont certains d’avoir été les témoins d’une attaque terroriste au lance-flammes. Bref, la question reste : Qui croire ?



    Monsieur Duchemin pensa à appeler sa femme pour lui dire qu’un incendie s’était produit dans leur rue, mais il se dit finalement qu’il devrait d’abord vérifier que tous leurs voisins étaient indemnes. Il sortit donc de la maison. Au moment où il fermait la porte, sa femme cria « Le gosse à disparu ! ». Mais il ne l’entendit pas.
    Au moment même où sa femme cria, un énorme objet apparut dans le ciel. Il était assorti d’un bruit assourdissant de battements d’ailes. Monsieur Duchemin leva la tête et observa la chose. Il était intrigué et se demandait ce que c’était : une nouveauté de l’armée de l’air peut-être ? À l’instant où cette pensée lui traversa l’esprit, une colonne de feu lui traversa le corps. Il mourut sur le coup. Puis une deuxième colonne de feu apparut, sur la maison des Duchemin cette fois ci. La mère de Victor fut désintégrée sur le champ.
    C’est alors que l’objet se posa. Un petit être en descendit et dit : « Bien joué, Gragoron, on les a eus ! »

Ululo (http://ulysse.lojkine.free.fr)


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