Un jour blafard comme une défroque aux couleurs éteintes extirpée d'une malle antique, engonçait la ville jusqu'aux dernières extrémités de ses longues et fantomatiques tentacules. Les perspectives de l'immense réseau des rues, boulevards et places étaient tronquées par une brume sale et poisseuse, sueur glauque suintant par tous les pores de cette cité industrielle et inhospitalière. On pouvait avoir la surprenante
impression que, malgré le jour naissant, cette immense agglomération grise par ses murs et laborieuse par ses usines transpirait déjà. Et telle était bien la réalité, elle transpirait ignorant repos et sommeil, dans l'éffort soutenu de ses ouvriers qui, de jour comme de nuit, se démenaient telles des fourmis infatigables et comme prises d'une frénétique course à la performance. Vertige de masses tourbillonnantes et éternellement affairées, d'une ville aux mille et une activités qui saignait cruelllement ses habitants, exigeant toujours plus et encore mieux. Les tentacules se prolongeaient en zones multipliées d'activités économiques, les tentacules se resserraient autour du cou de vies industrieuses vouées au labeur ingrat et du sang toujours neuf d'hommes et de femmes que l'on suce jusqu'à la dernière goutte, avant de les rejeter sur le trottoir avec indifférence.
Et le monstre froid économie ne manquait jamais de sévir.
"Encore un jour blafard", tels furent les premiers mots nimbés de tristesse que prononça Claudia lorsqu'elle ouvrit des yeux encore embués de sommeil sur l'étroite fenêtre d'où pénétrait une aube non moins étroite. Sortie du lit où elle laissa agoniser ses rêves de la nuit sans plus y penser, à quoi bon, sortie du lit elle se mit à exécuter le ballet machinal et routinier de tous les matins, pour finir assise devant un café noir. " Vivre ici... Comme ça...", ces mots s'échappèrent malgré elle de ses lèvres et tombèrent en même temps que le sucre au fond de la tasse. Le fond de la tasse... Claudia y plongea longuement son régard et s'entendit dire,
les yeux noyés dans le breuvage :"Noir comme l'eau de ma vie" suivi avec désespérance et insistance d'un fatidique : "Noir comme le puits de mes jours". Dehors, la pluie s'était mise à tomber. Oui, décidément, ce matin-là, Claudia broyait du noir et le café n'y était pour rien.
Sept heure. Dans les enfilades labyrinthiques des rues luisantes de pluie régnait une fiévreuse activité,où les parapluies s'entrechoquaient, quand ce n'étaient pas les corps d'une foule emmêlée et aveugle. Autobus, tramways et métros ajoutaient au vacarme et à la confusions matinale. Le stress devenait palpable, les pas couraient presque, les yeux étaient rivés sur les montres, et ce grand corps déjà malade de bon matin semblait geindre de nervosité et de mauvaise humeur. La ville régurgitait spasmodiquement ses habitants avec pagaille et anarchie avant de les ravaler, pour la plupart, derrière les murs des usines crachoteuses, bureaux ennuyeux ou grands magasins et petits commerces aux dents éclatantes d'hypocrisie.
Sept heures. D'un geste déjà las, Claudia repoussa la tasse de café bue à demi, attrapa son vieux ciré jaune,touche de gaieté dans la grisaille épaisse et sans faille de ces longs jours de pluie en rideaux,et se résolut à affronter l'extérieur.
Boire la tristesse de cette ville sans âme, comme si la sienne propre ne lui suffisait pas. Ou bien était-ce ce monstre urbain, cette cité champignon surgie de nulle part au hasard de ses usines et de ses entreprises de toutes sortes qui l'avait depuis longtemps contaminée? Par se fadeur, par la lenteur de jours ne se ressemblant que trop, de jours traînant la savate, las et sans intérêt comme de petites éternités.
A son poste de conditionnement à la chaîne, elle avait l'impression que ses mains vivaient d'une vie étrangère à elle-même. Elles saisissaient, triaient et rangeaient les sardines dans leurs boîtes au rythme éffréné du tapis roulant, comme mues par une vie propre. CEs gestes semblaient ne pas lui appartenir, être totalement détachés de son être, son être robotisé qui baignait dans la ouate d'une monotone et indicible tristesse. C'était comme si la vie, au lieu de se cristalliser dans ses mains, lui filait entre les dix doigts, comme si elle se délitait tout au long de ces minutes,de ces heures d'un travail aussi somnambule qu'épuisant. Elle avait bien conscience du danger que représentait la corrosion d'une vie réduite à des gestes automatiques et répétitifs, d'une vie cadrée rigoureusement dans un emploi du temps sévère qui ne laissait aucune place à l'imagination et à la fantaisie, à la voluptueuse paresse et aux flâneries sans but. Comment échapper à cette prison? Il fallait bien payer son loyer...
Midi. Le ventre de la ville grondait, sa bouche immense s'ouvrait toute entière et des milliers de fourchettes et de couteaux s'animaient maintenant dans les assiettes. BArs, snacks, cantines, restaurants et brasseries gobaient les affamés de midi qui, pour la plupart, négligeaient eux aussi la mastication pour avaler, montre en main, un repas express. Il s'agissait avant tout de reprendre des forces pour être à nouveau opérationnel l'après-midi. Rien n'était laissé au hasard, tout se trouvait savamment calculé dans l'intérêt de la monstrueuse machine de production qui exigeait desq ventres pleins pour plus de rentabilité, d'efficacité, d'utilitarisme. Autant dire que les plaisirs de la gastronomie ne se goûtaient que certains week-ends, moments privilégiés, mais moments accordés uniquemement pour que la ville, et tous ses bras et toutes ses têtes,se régénère avant de se retrouver sur pied de guerre dès le lundi matin.
Midi. Claudia stoppa net tout comme le tapis roulant. Une demi-heure de pause. Elle avait à chaque fois l'impression de se réveiller et devait faire un effort sur elle-même pour que ses mains ne se convulsent plus frénétiquement pour saisir,trier, ranger malgré elle.
Elle prit le chemin de la cantine avec ses copines d'infortune, la faim au ventre avec le besoin,ô combien viscéral, de s'asseoir un peu avant de reprendre la pénible station debout qui l'épuisait. C'était vraiment le moment de la détente et du défoulement à tout va. Devant son assiette de spaghettis insipides, elle écouta, échangea et même se surprit à rire, mais d'un rire nerveux qui la secoua de façon malsaine. Non, malgré l'amitié et les sollicitudes de ses camarades, elle ne pouvait chasser cette tristesse qui polluait maintenant tous les moments de sa vie, de sa pauvre vie qui ne pouvait même plus considérer l'avenir sans un frisson de dégoût.
Un après-midi glauque et fade qui crachait ses poumons par les cheminées des usines s'éternisait sur la ville plongée dans son triste labeur. Les heures léthargiques de pluie et de brouillard égrainaient leurs secondes et leurs minutes dans une atmosphère de lente et pénible digestion qui ralentissait un peu les mains et troublait vaguement les têtes. Peu importe, la ville au travail devait fournir absolument ce que l'on exigeait d'elle, et les dernières heures avant la tombée de la nuit étaient subitement agitées par une ambiance fébrile.
"Encore un long après-midi sans couleurs", telle fut la pensée qui traversa l'esprit de Claudia lorsqu'elle se remit à son poste. Le ventre lourd d'avoir mangé trop vite lui rendait sa tâche encore plus pénible, mais au bout de quelques minutes, elle avait déjà retrouvé la douce léthargie ouateuse qui laissait ses mains faire toutes seules, et son espirt vagabonder dans de légères rêveries sans suite.
Soirée de trêve. Soudain, les rues virent la foule compacte des "damnés de la terre" reprendre possession de leurs bras et leurs jambes fourbus pour rapidement renrer chez eux, épuisés et surmenés. Ceux, apparemment plus chanceux, qui avaient réussi à vendre leur matière grise sur le marché du travail, quittaient leur emploi la tête prise dans l'étau de la performance et du chiffre d'affaire. Ils semblaient comme rétrécis, l'esprit rongé par les soucis et le dos courbé par les lourdes responsabilités. Assumer, assumer se répétaient-ils, les pensées jamais en vancances, comme des robots formatés par les exigences de sa Majestée la reine entreprise. Devant elle, une seule posture possible: se mettre à genoux. Aussi cette trêve du soir n'en était pas vraiment une et rentraient-il, quant à eux, la tête fourbue et les méninges épuisées et surmenées. C'est alors que les fenêtres de milliers d'appartements rayonnaient de cette lumière bleutée : les postes de télévisions devant lesquels s'agglutinaient les citadins pour un peu de rêve, s'il en est, et un peu d'oubli, drogue douce du soir pour s'empêcher de voir.
"Enfin le meilleur moment de la journée!"Claudia salua ainsi la venue de la soirée, mais elle savait par avance qu'elle serait trop fatiguée pour entreprendre quoi que ce soit à l'extérieur.
Elle prit le premier tram venu et rentra directement dans son dux pièces,trop petit pour y loger aussi une baignoire et pourtant, qu'est-ce qu'un bain aurait pu le délassser et soulager ses jambes lourdes! Elle s'obligea, malgré sa profonde lassitude, à ouvrir le livre commencé hier avec délectation. Lire, son seul luxe et sa meilleure échappatoire. Les bouquins lui ouvraient grand tous les horizons dont elle rêvait, elle, coincée dans sa ville, coincée dans son usine, lui racontaient des vies intéressantes, souvent épanouies. C'était toujours avec mélancolie et de profondes frustrations qu'elle les refermait et regagnait son lit apèrs un repas frugal, son lit où elle était la meilleure proie des rêves les plus fous.
Ainsi se succédaient et s'additionnaient les jours de Claudia, aussi identiques et insipides que les sardines mises en boîte. Tout était automatismes, les heures vidées par cette ouate de tristesse au fur et à mesure que les conserves, elles, se remplissaient inexorablement comme si l'ouvrière mettait sa vie en boîte, bien rangée et prête à la déesse consommation.
SA vie, elle se posait souvent la question si elle n'était pas aussi toute entière conditionnée comme elle conditionnait ces poissons incolores et quasiment inodores. Quel avenir l'attendait? Un ouvrier comme elle s'amouracherait peut-être de ses yeux qui, malgré tout, avaient su rester si bleus, de son visage un peu enfantin en dépit de son front soucieux et de son expressionoù se lisait la sombre, la profonde mélancolie, de jours se suivant dans une morose similitude. Oui, un ouvrier tomberait amoureux d'elle tôt ou tard, il aurait peut-être l'air aussi morne et désabusé qu'elle, et leur pauvre avenir serait à tous deux enchaîné à cette usine, avec de rares vacances, quelques folies dont la plus grande serait de mettre un enfant au monde. Avenir... Etait-ce véritablement un avenir? Aussi, depuis longtemps se méfiait-elle des hommes, elle préférait rester seule à vivre cette vie sans queue ni tête, plutôt que de souffrir au côté de quelqu'un qui ne lui apporterait pas grand réconfort. Non, il n-y avait pas de place pour l'amour dans un univers aussi cloîtré, aussi rétrécé. On aurait presque dit que, dans cette ville toujours au travail, seule la fumée des usines parvenait à atteindre le ciel. Et non les yeux des milliers d'habitants qui restaient soucieusement rivés sur l'asphalte ou plongés avec hébétude dans la grisaille environnante. Où et vers quoi aurait pu pousser l'amour?
Et pourtant... Vendredi soir, la trêve du week-end
Claudia s'échappait à grands pas de son étroite prison, de l'éclairage aussi étroit des néons pour retrouver la lumière blême d'un mois de mars qui languissait sur les rues sales et grises de la ville aux teints blafards. Elle se réjouissait déjà de retrouver le roman lui racontant désert et dunes, cavaliers austères et altiers, femmes langoureuses et comblées. Une histoire de plus, toute en majuscules, pour oublier sa vie minuscule.
C'est alors que sur la place d'une mairie aussi sobre que son maire, tandis qu'elle attendait son tram, c'est alors qu'elle aperçut tout un attroupement,chose rarissime dans cette cité vouée au labeur où jamais rien d'insolite ne se passait. Elle ne put résister à la curiosité et elle se mis en peine de se frayer un chemin, tout en jouant des coudes, jusqu'à une place de choix d'où elle pouvait voir se qui retenait autant l'attention des spectateurs.
Voir...Et Claudia ne fut, tout d'un coup, qu'une paire d'yeux buvant et aspirant cet étonnant spectacle. La foule avait fait cercle autour de balles multicolores, six, puis huit et dix, toutes dansant et virevoltant autour d'un magicien, lui aussi multicolore. A observer la scène, on avait l'impression que, soudain, la ville se libérait d'un seul geste de sa défroque aux couleurs éteintes pour endosser un costume d'arlequin et tournoyer dans une débauche de tons vifs, claquants qui appelaient le printemps. Et la magie de cet habile et surprenant personnage opérait. La vie semblait tout d'un coup aussi légère que les balles voltigeant autour de lui; les enfants riaient de plaisir, les amants s'embrassaient avec fougue, les petits vieux retrouvaient le sourire et le reste de la foule regardait, regardait, comme hypnotisée par tant d'adresse et tant de grâce. L'artiste offrait un bouquet de fleurs aux couleurs vives et chaudes à la ville grise et sale qui n'était plus qu'une seule et unique paire d'yeux : il y avait enfin quelque chose à voir.
Voir... Claudia n'en revenait pas et son regard restait attaché aux balles et à leurs dansantes figures comme un cerf-volant à son fil. Elle en oubliait les murs décrépits, les par-dessus défraîchis, les rues mornes sans autres perspectives d'autres rues mornes. Oui, la fantaisie et la poésie prenaient corps pour une fois dans la ville endormie par ses habitudes laborieuses et mécaniques.
Voir... Claudia dévisageait maintenant le jongleur. Il pouvait avoir une trentaine d'années, les cheveux blonds ébouriffés qui tombaient en boucles sur des épaules fortes trahissant toute la vigueur de son jeu de jongleur. Mais surtout une bouche large, éternellement souriante qui disait avec éloquence toute sa joie d'être là, et de donner un peu de beauté à ces marionnettes désenchantées, harassées et maquillées du pauvre et hâve visage de la fin d'une dure semaine de labeur.
Voir... Claudia ne se lassait pas, sans s'en rendre compte, elle laissa les minutes puis les heures passer. Peu à peu, la nuit tombait, la ville oubliait lentement son quart d'heure de folie, pourtant salutaire, pour rendosser sa défroque aux couleurs éteintes. Peu à peu, la foule se dispersait et laissa Claudia seule avec trois ou quatre badauds toujours sous le charme.
"MErveilleux, magnifique, sublime, merci!" s'entendit-elle dire à la face toujours souriante de l'artiste.
- C'est moi qui vous remercie, jeune dame.
- NOn, c'est moi, vous ne pouvez pas vous imaginer le bonheur que vous m'avez donné ce soir. Je ne peux pas me permettre de vous en gratifier largement, mais prenez toujours.
- J'accepte avec plaisir mais voyez-vous, c'est la joie que je donne et qui se trahit sur les visages des spectateurs qui me fait réellement vivre, et la vôtre que je surveille depuis un moment déjà me touche tout particulièrement.
- C'est que ...Cette pauvre ville, toutes ces rues sont si ...veules et sans charme. A vous tout seul, vous leurs avez donné une âme. Et puis, l'on voit si peu d'artistes par ici, tout est si gris et sans attrait, comme déjà mort. Tout est si...figé et vous...
- Je vous vois fatiguée et comme un peu au bout du rouleau. Acceptez-vous de prendre un verre, peut-être oublierez-vous avec moi vos dures journées de travail, ne serait-ce qu'une petite heure ?
- Oh, c'est avec plaisir, mais mon plaisir aurait été encore plus grand si la nuit n'était pas tombée et si j'avais pu continuer à vous voir ainsi manier les balles. C'est un spectacle digne du Cirque Bouglionne que vous nous avez montré là!
- Je viens de rencontrer une inconditionnelle, me semble-t-il, c'est bien la première fois. Allons, venez, cela modifiera un peu vos tristes habitudes, vous avez l'air si fatiguée de justement trop d'habitudes.
En emboîtant le pas de l'artiste, Claudia se sentit tout de suite plus légère et déjà comme
enivrée. "Suis-je en train de tomber amoureuse?" se demanda-t-elle. Peu importe, après ce tourbillon de féerie, elle décida de se laisser encore plus tourner la tête et elle était déjà sûre que le peu d'alcool qu'elle allait boire n'y serait pour rien. NOn, les yeux, les boucles blondes, les fortes épaules et l'incontournalbe sourire en seraient l'unique et la principale cause.
Devant un verre de bière, il commença par se raconter pour la mettre plus à l'aise. Son éducation bourgeoise dans un milieu sec et froid où l'argent, la situation primaient sur tour. Son inévitable révolte et sa décision de rompre dévinitivement avec sa famille pour se consacrer tout entier à sa passion. Il l'avait découverte fort jeune, lors d'un spectacle de cirque où, exceptionnellement, ses parents l'avaient amené, ne se doutant pas des suites " catastrophiques" (pour citer son père)de leur acte. Aujourd'hui, pas de situation ferme et établie mais une vie où chaque jour était comme une aventure, où la liberté se touchait du doigt.
- Non, voyez-vous, je ne regrette pas mon choix, comprenez que chaque matin est comme tout neuf pour moi, et je vais de surprise en surprise sans jamais m'ennuyer
- Mais cela ne doit pas être toujours facile de joindre les deux bouts
- Ah, la voilà la question clef!Vous savez, je suis plein de ressources. Si le besoin s'en fait sentir, je peux toujours intégrer la troupe d'un cirque ambulant et me lancer dans une tournée, pour renflouer un peu les caisses. Mais la plupart du temps, je tiens tellement à ma liberté et à une certaine conception de mon art que je me produis justement comme ici, dans les villes de mon choix, c'est-à-dire les plus ternes et les plus mortes, comme vous le souligniez tout-à-l'heure. Mon choix, et c'est un choix exigeant, c'est de donner du rêve là où il n'en existe plus, de réinsuffler un peu de vie et de fête dans des coeurs qui battent toujours au même rythme, de transformer pour un moment des pantins mécaniques en enfants émerveillés. J'arrêtre là, vous savez je risquerais d'être intarissable sur ce sujet et pourrais y passer la nuit... Mais vous, parlez-moi un peu de vous!
- OH, moi...
- Oui, vous! Vos yeux vous trahissent et je peux y voir que vous avez beaucoup de choses à dire.
- Ma vie est si insignifiante...
- Mais pleine de rêves, j'en suis sûr
Alors, Claudia commença à se raconter sans en revenir elle-même. Les mots coulaient de sa bouche sous l'attention soutenue du jongleur, son enfance,son usine, son travail et, évidemment, ses rêves, ses rêves... Il lui semblait, tout en parlant, que son discours rencontrait comme un écho dans le regard plein d'intérêt de l'artiste. Et lui, il écoutait, écoutait le flot de paroles de cette jeune femme si pauvre et si riche en même temps. Il subissait en outre avec admiration le charme des yeux de Claudia qui avaient su rester d'un bleu si limpide malgré la pluie continuelle et les cadences infernales. Une autre magie que celle de tout-à-l'heure commençait à opérer et, tous les deux, ils se sentirent peu à peu grisés, non par la bière mais l'un par l'autre...
- Comment vous appelez-vous ? J'aurais dû vous poser la question depuis longtemps déjà
- Claudia, et vous ?
- Mickaël
- Mickaël ? Comme dans la chanson? Alors, Mickaël, n'oubliez pas d'être de retour dans notre ville . Elle est si morte qu'elle ressemble à un robot bien huilé. Soyez de retour le plus souvent possible
- Peut-être n'aurais-je pas besoin d'être de retour...Je veux dire qu'il serait possible que le spectacle ne s'arrête jamais si... si tout simplement vous décidiez de me suivre. Me suivrez-vous, Claudia?
-Je, je...C'est une décision un peu hâtive, mais je crois que je vous suivrais jusqu'au bout de toutes vos jongleries sans jamais me lasser
- Je vous embarque
- POur la piste aux étoiles ?
- Pour toutes les pistes du monde.